Note 775: [(retour) ]

La sagesse & vertu mesme.

Le Général Quer parlant aux Peres Jesuistes, leur dit, Messieurs vous aviez l'affaire de Canada, pour jouir de ce qu'avoit le sieur de Caen, lequel avez depossedé. Pardonnez moy Monsieur, luy dit le Pere(2), ce n'est que la pure intention de la gloire de Dieu qui nous y a mené, nous exposant à tous dangers & périls pour cet effect, & la conversion des Sauvages de ces lieux: ledit Michel pressant dit, Ouy, ouy, convertir des Sauvages, mais plustost pour convertir des castors, ledit Père respond assez promptement & sans y songer, Cela est faux, l'autre leve la main, en luy disant, Sans le respect du Général je vous donnerois un souflet, de me desmentir, le Pere luy respond, Vous m'excuserez, je n'entend point vous démentir, j'en serois bien fasché, c'est un terme de parler que nous avons en 289/1273nos escoles, quand on propose une question douteuse, ne tenant point cela pour offencer, c'est pourquoy je vous prie me pardonner, & croire que je ne l'ay point dit pour vous donner du desplaisir.

Je laisse à penser si ce sujet estoit capable de le faire mourir, sans autre plus violent desplaisir, comme j'ay dit cy dessus: aussi Dieu l'a puny ne luy faisant la grâce de le recognoistre à l'heure de la mort, qui a couppé la broche à tous ses desseins pernicieux & meschans.

Estant mort il y eut plus de resjouissance entre les Anglois que de regret, neantmoins le Général Quer qui voulut luy tesmoigner la dernière preuve de son amitié qu'il disoit luy avoir porté de son vivant, luy fit faire une châsse où il fut mis, commande à son frère Thomas Quer d'armer quelques 200 hommes, qu'il fait mettre à terre, les met en ordre quatre à quatre, les maistres des vaisseaux prennent la châsse, & la mettent dedans une chalouppe, & arrivez sur le bord du rivage, les officiers des vaisseaux prennent le corps sur leurs espaules, & sur sa châsse avoient mis une espée nue, devant le corps marchoit un homme armé de toutes piéces, avec la rondache & le coustelas, l'autre portoit une demie picque noircie, les soldats s'ouvrirent en deux, par le milieu desquels passa le corps avec tous les Capitaines & autres officiers des vaisseaux, qui l'accompagnoient marchant devant, les soldats qui le suivent comme est la coustume en telles funérailles, il fut porté à la fosse, où estant mis dedans l'on rompit la demie picque en deux, & la mit on dans la fosse, sur laquelle le Ministre fit des 290/1274prières s'agenouillant & te levant plusieurs fois, respondant aux Ministres: leurs prières achevées, l'on couvre le corps de terre, cela fait ils se firent deux escoupetteries de mousquets, des soldats qui estoient rangez au tour de la fosse. Après l'on fut tirer le canon de tous les vaisseaux, jusqu'à quelque 80 à 90 coups: cela fait chacun s'en retourne en son vaisseau, le pavillon du contre-Admiral estoit à demy destendu, jusques à ce qu'il y en eust un autre mis en la place, qui fut un Capitaine Anglois appellé *****[776] le dueil n'en dura gueres, au contraire jamais ils ne se resjouirent tant & principalement en son vaisseau où il avoit quelques barils de vin d'Espagne: le voilà payé de tout ce qu'il avoit fait.

Note 776: [(retour) ]

Le nom est laissé en blanc dans l'édition originale.

Tout ce que j'ay veu après sa mort est, l'honneur qu'il ne meritoit pas, ne pouvant esperer, s'il eust vescu, que le chastiment d'un supplice, si sa Majesté ne luy eust donné sa grâce.

Durant le jour que nous fusmes à Tadoussac[777], ledit Quer employa ses hommes à couper quantité de mas de sapins, pour batteaux & chalouppes, comme du bois de bouleau pour brusler: ce mesnage estoit tousjours pour payer quelques avaries, & en avoit plus de besoin ceste année là que l'autre, en laquelle il prit 19 vaisseaux François & Basques chargez de molue, & outre ce qu'il traita avec les Sauvages des marchandises qui estoient aux vaisseaux de la nouvelle societé, où commandoit Roquemont, 291/1275y ayant aussi quantité de vivres & autres commoditez propres à une habitation, qu'ils r'apportèrent ceste année à Québec, & outre la quantité des marchandises de rapport, ils pensoient faire meilleure traite qu'ils ne firent: ils ne traitèrent que quelques 5000 castors & quelques 3 à 4 mille qu'ils prirent à l'habitation, & le vaisseau d'Emery de Caen[778]. Ils n'ont eu autre chose qui est peu pour pouvoir rembourcer les frais de leur embarquement, en rendant ce qu'ils ont pris appartenant à de Caen & à ses associez au fort & à l'habitation de Québec, suyvant le traité de paix entre les deux couronnes de France & d'Angleterre [779].

Note 777: [(retour) ]

Ce passage donne à entendre que les vaisseaux restèrent tout le temps mouillés au moulin Baudé, et que l'on se donna la peine d'aller enterrer Jacques Michel à Tadoussac même.

Note 778: [(retour) ]

D'après les livres de compte de la Compagnie des marchands anglais, ils n'auraient traité que 4540 castors et 432 peaux d'élans; ils n'auraient de même trouvé au magasin que 1713 castors. Voici comment un des associés de la compagnie anglaise concilie cette différence: «Il faut faire attention, dit-il, que les Anglais ne parlent que des castors portés au compte de la Compagnie, tandis que les Français comprennent dans leur calcul toutes les peaux qu'ils avaient lorsque le fort fut rendu, sans distinction de ce qu'ils cachèrent ou retinrent du consentement des Anglais.» (Pièces justif. n. XVII.)

Note 779: [(retour) ]

Il fut réglé par le traité de Suse (24 avril 1,629) que «d'autant qu'il y avoit beaucoup de vaisseaux en mer avec lettres de marque & pouvoir de combattre les ennemis, qui ne pourroient de si tost entendre cette paix, ny recevoir ordre de s'abstenir de toute hostilité, il seroit accordé, que tout ce qui se passeroit l'espace de deux mois aprés cet accord fait, ne derogeroit ny empescheroit cette paix; ny la bonne volonté des deux Couronnes; à la charge toutesfois que ce qui seroit pris dans l'espace de deux mois depuis la signature dudit Traicté, seroit restitué de part & d'autre.» (Mercure français.)