Maintenant le juge vient de dicter à nouveau la formule du serment. Dans quelques instants, l'acte sera accompli. Un acte que rien ne peut abolir, qu'on ne peut jamais réparer, qui ne s'efface jamais.
Juste au moment où le défendeur commence à répéter la formule sacramentelle, elle s'élance, rejette la main, et s'empare vivement de la Bible.
C'est son angoisse atroce qui enfin lui a donné le courage d'agir. Il ne faut pas qu'il soit parjure. Il ne faut pas!
L'huissier accourt pour lui arracher la Bible et la ramener au calme. Tout ce qui touche au tribunal lui inspire une crainte immense, et elle croit assurément que ce qu'elle vient de faire va la conduire en prison, mais elle ne lâche pourtant pas la Bible. Coûte que coûte: il ne prêtera pas le serment. Lui qui tient à le prêter, accourt aussi pour s'emparer du livre; mais elle résiste à tous les deux.
—Tu ne dois pas prêter serment, crie-t-elle. Tu ne dois pas!
Cette scène provoque naturellement la plus grande stupeur. Le public se bouscule pour mieux voir, les jurés commencent à remuer, le greffier se lève précipitamment l'encrier à la main de peur qu'on ne le renverse.
Alors le juge s'écrie à voix haute et indignée: Silence! Et tout le monde s'arrête, immobile.
—Qu'est-ce qui vous prend? Que voulez-vous faire de la Bible? demande le juge à la demanderesse du même ton sévère et courroucé.
Ayant pu enfin par ce geste désespéré donner libre cours à son anxiété, elle arrive à surmonter sa gène juste assez pour pouvoir répondre:
—Il ne doit pas prêter serment!