Elle comprend bien qu'il veut se dégager par ce serment, à cause de sa femme. Mais quand même il aurait des ennuis avec celle-là, il ne devrait cependant pas compromettre ainsi le salut de son âme.

Il n'y a rien de si horrible qu'un parjure. Il reste quelque chose de mystérieux et d'horrible attaché à cette sorte de péché. Aucune grâce, aucun pardon ne peut le couvrir. Les portes de l'enfer s'ouvrent d'elles-mêmes, lorsque le nom d'un parjure est prononcé. Si à ce moment elle eût levé son regard vers le visage de cet homme, elle aurait craint de le voir marqué du signe de la damnation, apposé par la colère de Dieu.

Tandis qu'elle exaspère ainsi son anxiété toujours croissante, le juge a enseigné au défendeur la manière de poser ses doigts sur la Bible. Puis il ouvre le code pour trouver la formule du serment.

En le voyant poser ses doigts sur la Bible, elle s'approche encore d'un pas et on dirait qu'elle veut s'allonger à travers la table pour écarter cette main.

Mais elle est encore retenue par un suprême espoir. Elle croit qu'il cédera au dernier moment.

Le juge a trouvé la page du code qu'il cherchait, et maintenant il commence à dicter le serment à voix haute et distincte. Puis il fait une pause pour que le défendeur puisse répéter ce qu'il vient de dire. Et le défendeur commence vraiment à répéter la formule, mais il vient à se tromper de mot, et le juge est obligé de tout reprendre depuis le commencement.

Maintenant elle ne peut plus garder le moindre espoir. Maintenant elle sait qu'il va se parjurer et qu'il va s'attirer la colère de Dieu pour cette vie et pour l'autre.

Elle reste là à se tordre les mains désespérément. Et tout cela c'est sa faute à elle, puisque c'est elle qui l'a accusé!

Elle était sans travail, il est vrai, elle avait faim et froid. L'enfant était près de mourir, faute de soins. À qui donc devait-elle s'adresser pour avoir du secours?

Jamais elle n'aurait cru non plus qu'il pût commettre un péché si abominable.