—Mère, mère, ne passe pas! cria Lars Larsson. Je ne suis pas un joueur habile, je ne suis qu'un vaurien. Viens ici, pour que je puisse te parler!

Alors, la mère s'approcha de lui et s'aperçut de son état. Son visage avait une pâleur mortelle, ses cheveux ruisselaient de sueur et le sang sortait par la racine de ses ongles.

—Mère, je suis tombé dans le malheur à cause de mon orgueil et maintenant il faut que je me tue à force de jouer. Mais auparavant dis-moi si tu peux me pardonner, à moi, qui t'ai laissée seule et pauvre dans tes vieux jours?

La mère se sentit envahir d'une grande pitié pour le fils, et toute la colère qu'elle avait eue contre lui disparut comme par enchantement.

—Pour sûr que je te pardonne, dit-elle.

Mais voyant son angoisse, et empressée à lui faire comprendre que c'était bien là ses sentiments véritables, elle confirma le pardon en prononçant le nom du Seigneur.

—Au nom du Seigneur Jésus-Christ, je te pardonne, dit-elle.

À ces paroles l'archet s'arrêta, le violon tomba par terre et le joueur se leva, délivré et sauvé. Car l'enchantement était rompu du moment que sa vieille mère avait été émue de pitié devant son malheur, au point de prononcer sur lui le nom du Seigneur.

[UNE LÉGENDE DE JÉRUSALEM]

Dans la vieille et vénérable mosquée d'El Aksa, à Jérusalem, se trouve, dans le bas-côté qui contourne le bâtiment, une large et profonde baie de croisée. Dans cette baie on voit étendu un vieux tapis usé, et assis sur le tapis, jour et nuit, le vieux Mésullam, devin de son métier, et qui pour une somme modeste se charge de prédire aux visiteurs leur sort futur.