La matinée s'écoula et le soleil monta toujours plus haut dans le ciel. Les oiseaux se turent, mais en échange on entendit le bruissement des longues aiguilles des pins.
Lars Larsson ne se laissa pas arrêter par la chaleur de cette journée d'été. Il jouait, jouait.
Enfin le soir vint, le soleil se coucha mais son archet n'avait pas besoin de repos et son bras continua à se mouvoir fébrilement.
—Il est bien certain que cela ne finira que par ma mort, dit-il, et ce sera là la juste punition de mon orgueil.
Très tard dans la soirée, il vit un être humain s'approcher à travers la forêt. C'était une pauvre vieille au dos courbé, aux cheveux gris et au visage ridé par bien des chagrins.
—Voilà qui est singulier, pensa le musicien. Il me semble reconnaître cette vieille femme. Est-il possible que ce soit ma mère? Est-il possible qu'elle soit devenue si vieille et si grise?
Il l'interpella à haute voix pour l'arrêter.
—Mère, mère, viens ici! cria-t-il.
Elle s'arrêta comme à contre-cœur.
—Je me rends compte maintenant, par mes propres oreilles, que tu es le joueur de violon le plus habile du Vermland entier, dit-elle, et je comprends que tu ne te soucies plus d'une vieille femme comme moi.