Alors Lars Larsson sentit son front se couvrir d'une sueur froide et s'abandonna à une peur atroce.

—Comment cela finira-t-il? Dois-je rester ici jusqu'au jour du jugement dernier? se demanda-t-il, désespéré.

L'archet continua sa danse effrénée, évoquant, comme par enchantement, des airs sans fin. À chaque instant surgissait un morceau nouveau, si beau que le pauvre musicien était bien forcé d'admettre combien peu valait sa propre maîtrise. Et c'est cela qui le peina bien plus que la fatigue.

—Celui qui se sert de mon violon s'y connaît, mais moi je n'ai jamais été qu'un gâte-métier. C'est maintenant seulement que j'apprends ce que c'est que de jouer.

Pour quelques instants il put se laisser enthousiasmer par la musique au point d'oublier son triste sort. Mais tout à coup il sentit ses bras endoloris par la fatigue et de nouveau il se laissa envahir par le désespoir.

—Je ne pourrai déposer ce violon avant de m'être tué au jeu. Je comprends que le Neck n'est pas content à moins.

Il se mit à pleurer sur lui-même, tout en continuant à jouer.

—Il aurait bien mieux valu pour moi rester dans la petite cabane auprès de ma mère. À quoi bon toute ma gloire, si je dois finir de cette manière?

Il resta ainsi des heures durant. Le matin parut, le soleil se leva, et les oiseaux commencèrent leurs chants. Mais lui jouait, jouait sans trêve.

Comme le jour naissant était un dimanche, Lars Larsson dut rester seul auprès du vieux moulin. Personne ne prit la route de la forêt. Tout le monde s'en fut vers l'église dans la vallée ou bien vers les villages qui bordaient la grand'route.