—Est-ce que je peux danser sur un air si languissant? dit-elle.

Alors, Lars Larsson aborda l'air le plus alerte qu'il connût.

—Si tu n'es pas contente de celui-là, dit-il, il faudra faire venir un musicien plus habile que moi.

À peine ces paroles prononcées, il eut la sensation d'une main qui lui saisit le bras juste au coude et se mit à manier l'archet, tout en accélérant la cadence.

De l'instrument sortit un air tel qu'on n'en avait jamais entendu de pareil. Il était d'un tel mouvement, que Lars Larsson se disait que même une roue lancée à toute vitesse n'aurait pu le suivre.

—Voilà ce que j'appelle un air de danse, s'écria la jeune fille, qui se mit à tournoyer.

Mais le joueur ne la regarda plus. Il était tellement surpris de l'air qu'il jouait qu'il ferma les yeux pour mieux écouter.

Lorsque, quelques minutes après, il les rouvrit, la jeune fille avait disparu, mais il ne s'en étonna pas outre mesure. Il continua à jouer longtemps, longtemps, uniquement parce que jamais encore il n'avait entendu pareille musique.

—Maintenant, je trouve que c'est le moment de m'arrêter, se dit-il enfin; et il voulut déposer l'archet.

Mais l'archet continua à se démener et ne se laissa pas arrêter. Il dansait de-ci de-là sur les cordes, forçant le bras et la main à suivre le mouvement. Et la main qui tenait le manche du violon et qui maniait les cordes, ne pouvait non plus se détacher.