Il fut cependant tranquillisé par la vue d'une construction faite de main d'homme, et en traversant le ruisseau, il n'avait presque plus peur du tout. Aussi ne lui arriva-t-il rien d'extraordinaire. Le Neck sembla ne pas lui garder rancune. Il s'indigna contre lui-même d'avoir pu ainsi se monter la tête pour rien, rien du tout.

Il se sentit très content et tout à fait rassuré, et il fut encore plus content en voyant la porte du moulin s'ouvrir et une jeune fille s'avancer vers lui.

Elle avait l'air d'une jeune paysanne. Le fichu de coton sur la tête, la jupe courte et la blouse large, les pieds nus.

Elle s'approcha du musicien et lui dit simplement:

—Si tu veux jouer pour moi, je danserai pour toi.

—Parfaitement! répondit le musicien qui avait retrouvé sa belle humeur, maintenant qu'il n'y avait plus de danger. Je n'y vois pas d'inconvénient. Jamais de ma vie, je n'ai refusé de jouer pour une belle fille qui veut danser.

Il s'installa sur une pierre au bord de l'écluse, ajusta le violon sous le menton et se mit à jouer.

La jeune fille fit quelques pas, mais s'arrêta presqu'aussitôt.

—Qu'est-ce que tu joues? fit-elle. Ça manque absolument d'entrain.

Le musicien changea d'air. Il en essaya un qui était plus vif. La jeune fille resta toujours mécontente.