Il lui sembla que les grosses racines de sapins lui faisaient des gestes de menace.
—Prends garde, toi qui te crois plus fort que le Neck! lui criaient-elles.
Lars Larsson sentit son cœur se contracter d'angoisse. L'oppression fut si violente qu'il ne put presque plus respirer, et ses mains se refroidirent. Il s'arrêta au milieu de la route et essaya de se raisonner.
—Jamais il ne s'est trouvé de musicien dans la cascade, se dit-il. Ce ne sont là que superstitions et racontars. Et alors, peu importe ce que je lui ai dit ou non.
Ayant parlé ainsi, il regarda autour de lui dans la forêt, comme s'il cherchait la confirmation de ses paroles. S'il avait fait jour, il est probable que tout, jusqu'à la moindre feuille, lui eût cligné de l'œil pour lui dire que dans la forêt, il n'y a rien de bien dangereux; mais, comme c'était encore pleine nuit, les arbres se renfrognaient, silencieux, ayant l'air de cacher toutes sortes de dangers mystérieux.
Aussi, Lars Larsson s'alarma de plus en plus. Ce qui l'effraya surtout, c'est qu'il lui fallait traverser le ruisseau encore une fois, celui-ci ne se séparant du chemin qu'un peu plus loin. Il se demanda ce que le Neck allait lui faire, lorsqu'il traverserait le dernier pont. Peut-être verrait-il une grosse main noire sortir de l'eau pour l'attirer au fond.
Il s'était monté la tête au point de se demander s'il ne valait pas mieux rebrousser chemin. Mais alors, il rencontrerait le ruisseau de nouveau. Et s'il quittait le chemin pour s'engouffrer dans la forêt, il ne manquerait certainement pas de le rencontrer encore, tant son cours était tortueux.
Il ressentit une telle angoisse, qu'il ne sut plus que faire. Il était pris, enchevêtré, enchaîné par ce terrible ruisseau, et ne voyait aucun moyen d'en sortir.
Enfin, il aperçut devant lui le dernier pont. En face, de l'autre côté du ruisseau, se trouvait un vieux moulin, abandonné depuis bien des années, à ce qu'il paraissait. La grande meule restait immobile, suspendue sur l'eau, la vanne pourrissait par terre, les rayères se couvraient de mousse, et dans les lucarnes vides, la fougère et le lichen poussaient en abondance.
—Si c'eût été autrefois, j'aurais trouvé des gens par ici, pensa le musicien, et j'aurais été hors de tout danger.