Sur cela, les petits se taisent de nouveau.
—Faites voir, crie Père, rouge de colère.
Il croit que les petits ont écrit à leur mère et puisqu'ils ne veulent pas montrer leur lettre, il doit s'y trouver des appréciations fâcheuses sur lui. Les petits ne bougent plus. Père lève la main pour frapper Léonard qui est devant le tiroir.
—Ne le touche pas, crie alors Hugues. Nous ne faisions que parler d'une invention de Léonard.
Hugues repousse Léonard, sort vivement le tiroir et en retire un papier tout couvert d'aéronefs aux formes les plus extravagantes.
—Cette nuit, Léonard a imaginé une nouvelle voile pour son dirigeable. C'est de cela que nous étions en train de causer.
Père ne veut pas le croire. Il se penche sur le tiroir qu'il fouille minutieusement, mais il n'y trouve que des feuilles de papier couvertes de dessins qui représentent des ballons, des parachutes, des aéroplanes et tout ce qui se rapporte à la navigation aérienne.
À la grande surprise des petits, père ne jette pas tout cela au loin, il ne rit même pas de leurs essais, mais se met à les regarder attentivement, feuille après feuille. La vérité est que père aussi a eu des dispositions pour la mécanique, il s'intéressait beaucoup à ces choses-là à l'époque où son cerveau gardait encore quelque vigueur. Bientôt il se met à leur demander le sens de ceci et de cela, et, comme ses paroles trahissent qu'il est vivement intéressé et qu'il comprend ce qu'il voit, Léonard, maîtrisant sa timidité, lui répond, d'abord avec hésitation, puis peu à peu avec une bonne volonté croissante.
Bientôt, Père et les petits ont engagé une discussion approfondie sur les dirigeables et la navigation aérienne en général. Une fois lancés, les petits parlent sans aucune retenue, faisant part à leur père de tous leurs projets, de tous leurs rêves magnifiques. Et tout en comprenant que les petits n'iront pas très loin avec les aéronefs qu'ils construisent actuellement. Père en est néanmoins très impressionné. Ses deux fils parlent de moteurs d'aluminium, d'aéroplanes, d'équilibre comme de choses tout à fait familières. Lui qui avait cru que c'étaient deux vrais imbéciles, uniquement parce qu'à l'école ils n'étaient pas très brillants! Maintenant, il trouve tout d'un coup qu'ils sont deux vrais petits savants.
Et les idées et les espoirs ambitieux, père les comprend mieux que toute autre chose. Il les reconnaît pour avoir rêvé lui-même de façon identique et il n'a aucune envie de rire de ces rêves-là.