—Pourquoi seraient-ils plus fâchés aujourd'hui que les autres jours?

—Parce que je n'aurai pas d'argent.

—Tu es cependant assez brave fille pour gagner ta vie et celle du petit aussi.

—Oui, mais il n'y a personne qui veuille me prendre à son service.

Soudain Helga s'effraya à l'idée que ses parents pourraient percevoir le bruit de leurs voix et venir voir qui parlait. Et en ce cas-là elle serait bien obligée de tout leur raconter. Ainsi elle ne pourrait plus se sauver dans le grand marais. Dans sa frayeur elle s'élança pour dépasser Gudmund. Mais celui-ci fut plus agile. Il la saisit au bras et la retint de force.

—Oh! non. Tu ne m'échapperas pas avant que j'aie pu te parler.

—Laisse-moi passer! dit-elle, le regardant d'un œil farouche.

—Tu as l'air de vouloir te jeter dans le lac! fit-il.

Elle était dehors maintenant et son visage était illuminé par le clair de lune.

—Quel mal y aurait-il, si je le faisais? reprit Helga, rejetant la tête en arrière et le fixant dans les yeux. Ce matin tu n'as même pas voulu me laisser une place derrière dans ta voiture. Personne ne veut avoir affaire à moi. Tu dois bien comprendre qu'un être tel que moi ferait mieux d'en finir.