—N'est-ce pas que c'est singulier? dit Helga. Aussitôt le feu allumé au foyer, je ressentais chez vous la même sécurité, le même bien-être qu'autrefois chez nous. Mais aussi y-a-t-il sans doute quelque mystère attaché au feu. Peut-être pas à n'importe quel feu, mais sûrement à celui qui brûle dans un foyer autour duquel se réunit, chaque soirée, la famille entière. Il vous devient si familier. Il joue, danse et pétille pour votre plaisir, mais parfois il paraît comme aigri et de mauvaise humeur. C'est comme s'il avait le pouvoir de distribuer le bien-être ou le mal-être. Maintenant il me semblait que le feu de chez moi m'avait accompagnée dans mon déplacement et qu'il donnait à toutes choses le même aspect familier et ami qu'aux choses de chez moi.

—Mais si maintenant on t'obligeait à quitter Närlunda? dit Gudmund.

—Alors je le regretterais toute ma vie, répondit-elle; et à l'entendre on comprenait bien que c'était très sérieux.

—Eh bien, ce ne sera pas moi qui te chasserai, dit Gudmund, et bien qu'il rît en le disant, il y avait de la chaleur dans l'expression de sa voix.

Puis ils ne renouèrent plus la conversation, mais marchèrent silencieux jusqu'à la ferme. De temps en temps Gudmund tournait la tête pour regarder celle qui avançait à côté de lui. Elle s'était bien remise, depuis les mauvais jours qu'elle avait eus l'année passée. Maintenant elle avait pris un air de fraîcheur et de pureté. Les traits de son visage étaient fins et délicats, les cheveux ébouriffés entouraient sa tête d'une vraie auréole, les yeux étaient drôles à n'y rien comprendre. Elle avait la marche rapide et légère. Sa parole était prompte mais pourtant timide. Elle avait toujours peur d'être tournée en ridicule, mais il lui fallait néanmoins dire ce qu'elle avait sur le cœur.

Gudmund se demandait à lui-même s'il aurait désiré que Hildur fût ainsi, mais cela, non, il ne le voudrait pas. Cette Helga n'était pas une personne qu'on épouse.

Quelques semaines plus tard, Helga apprit qu'il lui fallait quitter Närlunda au mois d'avril; Hildur Eriksdotter ne voulait pas demeurer sous le même toit qu'elle.

Ce n'est pas que ses maîtres le lui déclarassent ouvertement, mais mère Ingeborg laissa tomber que quand la belle-fille serait arrivée, ils n'auraient probablement plus besoin de tant de domestiques, grâce à l'aide qu'elle ne manquerait pas de leur apporter dans le ménage. Une autre fois elle dit qu'elle avait entendu parler d'une très bonne place où Helga serait bien mieux que chez eux.

Il ne fallut pas plus à Helga pour comprendre qu'elle devait s'en aller, et elle déclara tout de suite qu'elle voulait partir, mais qu'elle ne désirait aucune autre place: elle retournerait chez elle.

On voyait bien que ce n'était pas de plein gré que les gens de Närlunda renvoyaient Helga.