—Maintenant tu peux commencer, dit-il du même ton que s'il dormait déjà.

—Il y avait une fois cinq hommes de cette commune qui chassaient l'élan dans la forêt, commença le pasteur. L'un d'eux était le pasteur, dont nous parlons. Deux des autres étaient soldats, et s'appelaient Olof et Erik Svärd, le quatrième était l'aubergiste du village où nous sommes et le cinquième était un paysan du nom de Israëls Per Persson.

—Ce n'est pas la peine de donner tant de noms, murmura le roi, laissant retomber la tête sur le côté.

—Ces hommes-là étaient de bons chasseurs, à qui la veine souriait toujours. Mais ce jour-là ils avaient fait de longues marches sans rien prendre. À la fin, ils renoncèrent complètement à toute recherche et s'assirent par terre pour causer. Ils se disaient entre eux que dans la forêt entière, il n'y avait pas un seul endroit qui convînt à la culture. Il n'y avait partout que des rochers et des marais.

—Le seigneur n'a pas été juste envers nous, en nous donnant un pays si pauvre à habiter, dit l'un d'eux. Dans d'autres contrées les gens peuvent se procurer de la richesse et du superflu, tandis qu'ici avec tous nos efforts, nous arrivons à peine à gagner notre pain quotidien.

Le pasteur s'interrompit un instant, se demandant, si le roi écoutait, mais celui-ci remua un peu le petit doigt, pour montrer qu'il était encore éveillé.

Au moment même où les chasseurs échangeaient ces paroles, le pasteur vit quelque chose briller dans la roche à un endroit d'où son pied, par hasard, avait enlevé la mousse.

—En voilà une roche singulière, se dit-il, et d'un nouveau coup de pied il enleva encore une motte. Il ramassa un éclat de pierre qui adhérait à la motte et qui brillait de la même façon que tout le restant.

—Ce n'est pas Dieu possible que ce soit là du plomb? fit-il.

À ces mots les autres se levèrent vivement, et se mirent à enlever la mousse à coups de crosses. Cela fait, ils virent tous distinctement un filon de minerai qui traversait la roche.