—Les paysans d'ici ne sont pas très empressés de venir au secours de leur roi, pensa-t-il. Si j'avais au moins mon carrosse, je m'en irais de suite loin d'eux et de leurs délibérations.
Le pasteur, de son côté, restait là en proie à une lutte intérieure, au sujet d'une décision importante qu'il fallait prendre. Il commença à se féliciter de n'avoir pas dit au roi qui il était. Il estimait pouvoir ainsi lui parler de choses qu'il n'aurait pas osé aborder autrement.
Après une pause, le pasteur rompit de nouveau le silence pour demander au roi s'il était vrai que les ennemis allaient tomber sur eux et que la patrie était en danger.
Le roi trouvait que ce rustre aurait dû avoir le bon goût de ne plus le déranger. Il le regarda avec de gros yeux sans rien dire.
—Je le demande parce que j'étais à l'intérieur et n'arrivais pas à bien saisir les paroles, dit le pasteur. Mais si vraiment il en est ainsi, je voudrais vous dire que le pasteur de cette commune serait peut-être en état de procurer au roi autant d'argent qu'il lui en faut.
—Il me semble avoir entendu tout à l'heure que tout le monde par ici est pauvre, dit le roi, pensant tout bas que cet homme ne savait pas au juste ce qu'il disait.
—Oui, c'est vrai reprit l'autre, et le pasteur possède encore moins que personne. Mais si le roi veut être assez gracieux pour m'écouter un moment, je vais lui raconter comment il est au pouvoir du pasteur de l'aider.
—Parle! fit le roi. Tu parais avoir moins de peine à faire sortir les mots de tes lèvres que tes amis et voisins là-bas, qui n'arrivent pas à formuler leur réponse.
—Ce n'est pas si facile de répondre au roi. J'ai bien peur que ce ne soit le pasteur qui ait à répondre au nom et lieu des autres.
Le roi passa une jambe sur l'autre, s'enfonça dans le fauteuil, se croisa les bras et inclina la tête sur la poitrine.