Le roi posant la question ainsi, il parut au pasteur qu'il était absolument impossible de révéler qui il était. «Il vaut mieux que le roi garde son idée que je ne suis qu'un paysan,» se dit-il, et il répondit que le pasteur n'était pas trop mauvais. Il prêchait la parole de Dieu d'une façon claire et pure, et tâchait de vivre selon son enseignement.

Le roi trouva que c'était là un bel éloge, mais ayant l'oreille fine, il crut s'apercevoir d'une certaine hésitation dans la voix de son interlocuteur.

—Il paraît qu'on n'est pourtant pas tout à fait content du pasteur, dit-il.

—Il est bien un peu arbitraire, fit l'autre.

Il se disait que si le roi venait à apprendre qui il était, il fallait éviter, du moins, d'avoir l'air de ne s'être attribué que des éloges; c'est pour cela qu'il crut devoir porter quelques critiques.

—Il y en a bien qui disent que le pasteur veut être seul à tout décider dans cette commune, continua-t-il.

—Dans ce cas, fit le roi, il a dû tout décider et arranger de la meilleure façon. Il n'aimait pas que le paysan se plaignît de son supérieur. Il me paraît à moi qu'ici règnent les bonnes mœurs et la simplicité du bon vieux temps.

—Les gens d'ici sont assez honnêtes, poursuivit le pasteur, mais aussi ils vivent loin de tout, dans l'isolement et la pauvreté. Ils ne seraient guère meilleurs que les autres si les tentations de ce monde venaient plus près d'eux.

—Heureusement, il n'est pas à craindre que cela arrive, dit le roi en haussant les épaules.

Il ne dit plus rien mais se mit à tambouriner des doigts sur la table. Il estima avoir échangé assez de paroles gracieuses avec ce rustre, et se demanda avec impatience quand les autres auraient enfin préparé leur réponse.