Les paysans comprirent que le roi commençait à trouver l'attente longue, et à la fin, l'un d'eux sortant de la foule s'avança.

—Il faut que tu saches, roi Gustave, que nous ne nous attendions pas à une visite royale pour aujourd'hui, dit le paysan; voilà pourquoi nous ne sommes pas prêts à te répondre sur le champ. Or, je te conseille d'entrer dans la sacristie pour parler à notre pasteur pendant que nous délibérerons sur ce dont tu nous as saisis.

Le roi comprit qu'il n'en saurait pas davantage pour le moment et jugea bon de suivre le conseil du paysan.

En entrant dans la sacristie, il n'y trouva personne, si ce n'est un individu qui avait l'aspect d'un vieux paysan. Il était de haute et forte taille, ses mains étaient grosses et usées de labeur; il ne portait ni col, ni robe, mais des culottes de cuir et un long manteau de bure blanche, comme tous les autres hommes du pays.

Il se leva et s'inclina devant le roi qui entrait:

—Je croyais que je trouverais ici le pasteur, dit le roi.

L'autre sentit la rougeur lui monter au visage. Voyant que le roi le prenait pour un paysan, il lui parut désagréable de dire que c'était lui le pasteur de la commune.

—Mais oui, le pasteur est d'habitude ici à cette heure-ci, fit-il.

Le roi s'installa dans un grand fauteuil à haut dossier qui se trouvait alors dans la sacristie et qui s'y trouve encore aujourd'hui, tout pareil, à cela près que depuis la commune en a orné le dossier d'une couronne royale dorée.

—Avez-vous un bon pasteur par ici? demanda le roi qui voulait avoir l'air de s'intéresser aux affaires de l'endroit.