Le pasteur recula d'un pas, puis s'arrêta, muet de stupeur.

—Si tu ne me promets pas cela, je ne pourrai pas mourir tranquille, dit le prisonnier.

—Oui, dit le pasteur, lentement et avec effort. Je te promets ce que tu me demandes.

Puis on emmena le meurtrier, et le pasteur demeura tout seul sur la route à se demander comment il allait tenir la promesse qu'il avait faite au prisonnier. Pendant tout le retour, il ne pensait qu'à cette fortune dont il s'était tant réjoui. Mais s'il se trouvait maintenant, que les gens de sa commune ne supportaient pas la richesse? Déjà, il en avait vu périr quatre, tous, auparavant, hommes braves et fiers. Il lui sembla voir, devant lui, tous ses paroissiens, et il se figura que la mine d'argent allait les perdre l'un après l'autre. Convenait-il que lui, qui était préposé à veiller sur les âmes de ces pauvres gens, déchaînât au contraire sur eux ce qui devait les perdre?

Le roi se redressa tout d'un coup dans le fauteuil et regarda fixement son interlocuteur.

—En vérité, dit-il, en vérité, tu me fais comprendre qu'un pasteur de ces contrées reculées doit nécessairement être un homme peu ordinaire!

—Il ne suffisait même pas de ce qui était déjà arrivé, continua le pasteur; à mesure que la nouvelle de la découverte se répandait parmi les habitants de la commune, ils cessaient de travailler et on les voyait se promener oisifs, attendant le jour où la grande richesse devait affluer sur eux. Tous les gens sans aveu qui se trouvaient dans la contrée accoururent, et bientôt le pasteur n'entendit parler que de soûleries et de rixes sanglantes.

Une foule de gens ne faisaient que parcourir la forêt en tous sens, à la recherche de la mine, et le pasteur remarquait que, aussitôt qu'il s'éloignait de chez lui, il était guetté par des gens qui tâchaient de le surprendre en route pour la mine, afin de lui voler son secret.

Les choses en étant là, le pasteur convoqua ses paroissiens en assemblée communale.

Pour commencer, il leur rappela tous les malheurs que la découverte de la montagne d'argent leur avait attirés, et il leur demanda s'ils voulaient se laisser perdre ou s'ils tenaient à se sauver eux-mêmes. Puis il leur dit qu'il ne fallait pas attendre de lui, leur pasteur, qu'il contribuât à leur perdition. Maintenant il avait décidé de ne révéler à personne où se trouvait la montagne d'argent et jamais non plus il n'en tirerait aucun profit pour lui-même. Enfin il demanda aux paysans comment ils désiraient l'avenir. S'ils choisissaient de continuer leur vaine recherche de la mine et d'attendre une richesse à venir, il s'en irait assez loin d'eux pour que jamais aucun bruit de tout cela ne pût arriver jusqu'à lui. Mais s'ils voulaient enfin cesser de penser à cette mine d'argent pour redevenir ce qu'ils étaient auparavant, alors il resterait parmi eux.