—Est-ce par hasard que le pasteur de cette commune serait si pauvre qu'aussitôt la messe finie il ôte ses habits noirs pour se mettre en paysan? demanda le roi.
—Oui, il est si pauvre, fut la réponse, et de nouveau la rougeur monta au rude visage du pasteur.
Le roi retourna à la fenêtre. On voyait bien qu'il était de la plus belle humeur. Tout ce qu'il y avait en lui de sentiments nobles et généreux avait été réveillé par ce qu'il venait d'entendre.
—Tu devrais laisser cette mine en paix, dit le roi. Puisque tu as trimé et peiné une vie entière pour rendre les gens d'ici tels que tu les désirais, il faut bien que tu les gardes tels qu'ils sont maintenant!
—Mais si la patrie est en danger? demanda le pasteur.
—La patrie est mieux servie par des hommes que par de l'argent, dit le roi.
Et ayant dit cela, il prit congé du pasteur et quitta la sacristie.
Au dehors, la foule était aussi silencieuse, aussi avare de paroles que lorsqu'il l'avait quittée. Mais comme le roi descendait les marches de l'escalier, un paysan s'avança vers lui.
—As-tu vu notre pasteur? dit le paysan.
—Oui, dit le roi, j'ai parlé à votre pasteur.