—Alors tu as dû avoir notre réponse, dit le paysan. Nous t'avons prié d'aller causer avec notre pasteur pour que ce fût lui qui te donnât notre réponse.

—Oui, j'ai eu la réponse, dit le roi.

[LA LÉGENDE DE LA ROSE DE NOËL]

La femme du brigand, qui habitait la caverne, là-haut, dans la forêt de Göinge, s'était, un beau jour, mise en route vers la plaine pour mendier. Le brigand lui-même étant homme interdit et n'osant pas quitter la forêt, devait se contenter de tendre des guet-apens aux voyageurs qui s'aventuraient dans la zone forestière. Mais à cette époque, les voyageurs n'abondaient pas dans le nord de la Scanie. Si, par cette raison, il arrivait que la chasse de l'homme fût infructueuse, la femme faisait sa tournée. Elle amenait cinq gosses, tous munis de vêtements de peaux et de chaussures en écorce de bouleau; sur le dos, chacun avait une besace aussi longue que lui-même. Quand elle entrait dans une ferme, personne n'osait lui refuser ce qu'elle demandait, car si elle n'avait pas été bien reçue, elle ne se gênait pas pour revenir mettre le feu à la maison, la nuit suivante. La femme du brigand et ses gosses étaient plus redoutés qu'une bande de loups et plus d'un aurait bien voulu leur enfoncer sa pique dans le corps, mais cela n'arrivait jamais, car on savait que l'homme était resté là-haut dans la forêt, prêt à la vengeance, s'il était arrivé quelque chose à la femme ou aux enfants.

Dans ses tournées de mendiante à travers les fermes, la femme du brigand arriva un beau jour à Oved, qui dans ces temps-là était un couvent. Elle sonna à la porte et demanda de quoi manger. Le concierge ouvrit un petit judas au milieu de la porte et lui tendit six pains ronds, un pour elle et un pour chacun de ses enfants.

Pendant que la mère s'était arrêtée devant la porte, les gosses fouinaient tout autour. Tout à coup, l'un d'eux vint la tirer par sa jupe pour attirer son attention sur quelque chose qu'il venait de trouver; elle le suivit.

Le couvent était tout entier entouré d'un mur haut et solide, mais le gosse avait réussi à découvrir une petite porte dissimulée, qui restait entre-bâillée. Quand la femme du brigand y arriva, elle eut tôt fait d'ouvrir la porte toute grande et d'entrer sans seulement demander la permission, selon son habitude.

Le couvent d'Oved était en ce moment-là dirigé par l'abbé Hans, qui s'entendait à la culture des plantes. À l'intérieur du mur il avait installé un petit jardin et c'est là que la femme du brigand fit irruption.

Au premier coup d'œil, la femme du brigand fut tellement stupéfaite qu'elle s'arrêta à l'entrée. C'était en plein été et dans le jardin de l'abbé Hans les fleurs se pressaient tellement nombreuses que le regard n'y pouvait distinguer qu'un flamboiement de bleu, de rouge et de jaune. Mais bientôt un sourire de satisfaction s'épanouit sur son visage et elle s'engagea dans un sentier étroit qui se déroulait entre de nombreuses petites plates-bandes.

Dans le jardin, un jeune frère lai était en train d'arracher les herbes folles. C'était lui qui avait laissé la porte entre-bâillée pour pouvoir jeter sur le tas d'ordures au dehors les prêles et les poules grasses qu'il venait d'arracher. Voyant entrer dans le jardin la femme du brigand avec les cinq gosses, il s'élança au-devant d'eux, en leur ordonnant de s'en aller. Mais la mendiante continua son chemin. Elle jetait des regards de tous côtés autour d'elle, fixant tantôt les lis rigides et blancs qui s'épanouissaient sur une plate-bande, tantôt le lierre qui grimpait haut sur le mur du couvent, et elle semblait ne pas s'apercevoir de la présence du frère lai.