—Dorénavant, toi et tes enfants, vous jouerez dans la paille de Noël et vous célébrerez la Noël parmi les hommes, comme le désirait l'abbé Hans, dit-il.

Le brigand resta pâle et muet, mais la femme dit à sa place:

—L'abbé Hans a tenu sa parole, alors le brigand tiendra la sienne.

Le brigand et sa femme ayant quitté la caverne, le frère lai s'y installa et habita depuis la forêt où il vécut en prières ininterrompues afin que la dureté de son âme lui fût pardonnée.

Mais la forêt de Göinge n'a jamais plus célébré la naissance du Sauveur, et de toute sa splendeur il n'existe plus que la plante que cueillit l'abbé Hans. On l'a surnommée la Rose de Noël et chaque année, vers Noël, elle fait sortir de la terre ses tiges vertes et ses fleurs blanches comme si elle ne pouvait jamais oublier que, dans le temps, elle a poussé dans le grand jardin de Noël.

[LA MARCHE NUPTIALE]

Maintenant, je vais vous raconter une belle histoire.

Il y a bien des années, on allait célébrer un riche mariage dans la commune de Svartsjö, en Vermland. La bénédiction nuptiale devait être donnée à l'église, et, après, la noce devait durer trois journées entières. Et tant que durerait la noce, on devait danser du soir jusqu'au petit matin.

Puisqu'on devait tant danser, il était de haute importance de trouver un musicien consommé, et Nils Elofson, le riche paysan qui faisait le mariage, se tourmentait à ce sujet plus que pour tout le reste. Quant au musicien qui habitait Svartsjö même, il n'en voulait à aucun prix. Celui-ci s'appelait Jean Oster, et notre paysan savait bien qu'il avait une grande réputation, mais il était si pauvre, que parfois il arrivait aux noces avec un gilet déchiré et sans chaussures aux pieds. Ce n'est pas un tel gueux qu'on aimerait à voir en tête du cortège nuptial.

Enfin, il se décida à envoyer demander à un certain Martin, dit le Joueur, du Jössehärad, canton voisin, s'il était disposé à venir jouer aux noces de Svartsjö.