Mais la veille de Noël le souvenir de l'abbé Hans devenant très vif, il sortit dans le jardin pour penser à lui. Et voici qu'en passant devant l'endroit où il avait enterré les tubercules nus, il vit pousser des tiges vertes et vigoureuses portant de belles fleurs aux pétales blancs.

Il appela tous les moines d'Oved, et voyant que cette plante fleurissait la veille de Noël, alors que toutes les autres plantes sont comme mortes, ils comprirent que l'abbé Hans l'avait réellement cueillie dans le jardin de Noël de la forêt de Göinge. Mais le frère lai sollicita des moines la permission d'apporter quelques-unes de ces fleurs à l'évêque Absalon.

En se présentant devant l'évêque Absalon, le frère lai lui tendit les fleurs, disant:

—Voilà ce que t'envoie l'abbé Hans. Ce sont les fleurs qu'il avait promis de te cueillir dans le jardin de Noël de la forêt de Göinge.

En voyant les fleurs qui avaient poussé en pleine terre au milieu de l'hiver froid et en entendant ces paroles, l'évêque Absalon devint tout aussi pâle que s'il avait rencontré un mort. Un moment il demeura silencieux, puis il dit:

—L'abbé Hans a bien tenu sa parole, je tiendrai la mienne. Et il fit rédiger une lettre d'absolution pour le brigand qui avait vécu interdit dans la forêt depuis sa jeunesse.

Il donna la lettre au frère lai et celui-ci se mit en route pour la forêt où il retrouva la caverne des brigands. Quand il y entra le jour de Noël, le brigand s'avança sur lui, une hache à la main:

—Je vous abattrai, vous autres moines, quelque nombreux que vous soyez, dit-il. Car c'est certainement pas votre faute que la forêt de Göinge ne s'est pas revêtue de sa parure de Noël cette année.

—C'est par ma faute seulement, dit le frère lai, et je veux bien mourir pour expier cela; mais avant de mourir il faut que je t'apporte la missive de l'abbé Hans.

Et il sortit la lettre de l'évêque et raconta à l'homme qu'il avait reçu l'absolution.