Nils Elofson se rangea sans hésitation à ce conseil. Il eût été mal à propos de s'attirer des ennuis au moment même où le cortège se formait sur la place de l'Église. Il s'approcha donc de Jean Oster et lui souhaita la bienvenue.

Cela fait, les deux musiciens prirent la tête du cortège. Derrière eux, le couple sous le poêle, suivi des garçons et des filles d'honneur, deux par deux; venaient ensuite les parents des jeunes mariés et les divers membres des deux familles, de sorte que le cortège avait vraiment un aspect des plus imposant.

Lorsque tout fut prêt, un garçon d'honneur, s'avançant vers les musiciens, les pria d'entamer la marche nuptiale.

Les deux musiciens firent simultanément le même geste d'appuyer le violon contre le menton. Mais là ils s'arrêtèrent tous les deux, figés dans l'attente.

Car il y avait à Svartsjö une vieille coutume qui voulait que ce fût le musicien le plus habile qui entamât la marche nuptiale.

Le garçon d'honneur regarda Lars Larsson comme s'il voulait que celui-ci commençât, mais Lars Larsson regarda Jean Oster en disant:

—C'est à Jean Oster de commencer!

Mais il ne venait pas à l'idée de Jean Oster que l'autre, habillé aussi richement que n'importe quel monsieur, ne lui fût pas supérieur, à lui, qui vêtu, d'un vieux gilet de bure, arrivait d'une pauvre cabane où il n'y avait jamais eu que gêne et misère.

—Oh! mais pas du tout, fit-il confus. Oh! mais pas du tout!

Il vit le fiancé toucher le coude de Lars Larsson: