Jeudi, 14 avril.

Le lendemain matin le gamin s’éveilla couché sur un lit; se trouvant entre quatre murs, sous un toit, il crut d’abord qu’il était à la maison. «Je me demande si mère ne viendra pas bientôt m’apporter le café», murmura-t-il. Puis, tout à coup, il se rappela qu’il était dans une maison abandonnée, où Fumle-Drumle à la plume blanche l’avait transporté la veille au soir.

Comme il était encore tout meurtri, il trouva délicieux de se reposer encore un peu, en attendant Fumle-Drumle qui avait promis de venir le retrouver.

Devant le lit pendaient des rideaux de cotonnade à carreaux; il les écarta pour regarder la pièce. Il se rendit immédiatement compte qu’il n’avait jamais vu de maison construite comme celle-là. Les murs se composaient de quelques rangées de poutres, puis commençait le toit. Il n’y avait point de plafond dans la pièce, et on pouvait voir jusqu’au faîte. Toute la maison était si petite qu’elle semblait faite pour des êtres comme lui, plutôt que pour des hommes. Seuls l’âtre et le four étaient grands, les plus grands que Nils eût jamais vus. Il n’y avait presque pas de meubles mobiles dans la cabane: la banquette sur un des longs côtés et la table sous la fenêtre tenaient au mur; de même le lit où il était couché et le placard peint en couleurs vives.

Nils se demandait qui était le propriétaire de la maison et pourquoi elle était abandonnée. Il semblait d’ailleurs que les gens qui l’avaient habitée avaient pensé revenir. La cafetière et la marmite étaient restées sur l’âtre, et dans le coin il y avait du petit bois. Le fourgon et la pelle à enfourner le pain se dressaient dans un autre coin; le rouet était posé sur un banc; au-dessus de la fenêtre, sur la petite étagère se trouvaient des paquets de lin et d’étoupe, quelques écheveaux de laine, une chandelle et un paquet d’allumettes.

Certes les gens avaient pensé y revenir. Ils avaient laissé de la literie dans le lit, et autour des murs couraient de longues bandes d’étoffe où étaient peints trois hommes à cheval, nommés Gaspard, Melchior et Balthazar. Le groupe des trois hommes se répétait tout le long de la bande. Ils chevauchaient autour de toute la pièce, et leur cavalcade se poursuivait même jusque sur les poutres du toit.

Mais là-haut le gamin aperçut tout à coup quelque chose qui le fit bondir hors du lit. C’étaient quelques galettes de pain sec qui étaient restées enfilées sur le bâton posé à cet effet entre les poutres. Elles avaient certes l’air bien vieilles et moisies, mais du pain, c’est toujours du pain. Il les frappa avec le fourgon, et réussit à faire tomber quelques morceaux. Il mangea et remplit même son sac. C’est incroyable comme le pain est bon!

Il chercha encore s’il n’y avait pas d’autres choses qui pourraient lui être utiles. «Je peux bien prendre ce dont j’ai besoin, puisque personne ne semble en vouloir», se dit-il. Mais il n’y avait pas beaucoup de choses à prendre: la plupart des objets étaient trop gros et trop lourds à emporter. Il ne put s’emparer que de quelques allumettes.

Il grimpa sur la table et de là, à l’aide du rideau, sur le rayon au-dessus de la fenêtre. Pendant qu’il était en train de mettre les allumettes dans son sac, la corneille à la plume blanche entra par la fenêtre.

—Me voici enfin! dit-elle en se posant sur la table. Je n’ai pu venir plus tôt, car on a aujourd’hui élu un chef pour succéder à la Rafale.