Nils crut bien que le renard allait être satisfait, car le feu se propageait avec une rapidité effrayante. Le lit brûlait déjà, et le long des bandes de toile peinte, les flammes couraient de cavalier en cavalier. Nils avait grimpé dans l’âtre lorsqu’il entendit tout à coup une clef tourner doucement dans la serrure. Ce devaient être des hommes. Dans le péril où il était il n’eut point peur, mais se réjouit. Il se précipita vers la sortie et touchait déjà au seuil lorsque la porte s’ouvrit. Il vit devant lui deux enfants. Il ne se donna pas le temps de les regarder, mais s’élança dehors.

Il n’osa pas courir bien loin: Smirre le renard le guettait certainement, il fallait donc se tenir près des enfants. Il se retourna, mais à peine les eut-il vus qu’il poussa un cri et courut vers eux: «Bonjour, Asa, gardeuse d’oies! Bonjour, petit Mats!»

En voyant les enfants, Nils avait complètement oublié où il se trouvait. Les corneilles, la maison incendiée, les animaux parlants, tout disparut de son souvenir. Il était sur un chaume à Vemmenhög, et gardait un troupeau d’oies; dans le champ voisin les deux petits Smâlandais surveillaient leur troupeau. Aussitôt il grimpa sur le mur de pierres sèches et les héla: «Bonjour, Asa, gardeuse d’oies! Bonjour, petit Mats.»

Mais en voyant ce petit bout d’homme qui venait à eux la main tendue, les deux enfants se prirent par la main, reculèrent de quelques pas et parurent terrifiés.

Devant leur effroi, Nils se réveilla de son rêve, et se rappela qui il était; rien de plus terrible ne pouvait lui arriver que d’être vu par ces enfants sous l’aspect d’un tomte. La honte et la douleur de n’être plus un homme l’assaillirent. Il se retourna et s’enfuit sans savoir où il allait.

Mais en arrivant dans la lande, le gamin fit une bonne rencontre: parmi la bruyère, il entrevoyait quelque chose de blanc; le jars accompagné de Finduvet venait vers lui; voyant Nils accourir avec cette précipitation, le jars crut qu’il était poursuivi. Aussi le saisit-il vivement, le jeta sur son dos et l’emporta rapidement dans les airs.


XVI
LA VIEILLE PAYSANNE

Jeudi, 14 avril.

Trois voyageurs fatigués étaient dehors très tard dans la soirée et cherchaient un gîte pour la nuit. Ils traversaient une partie pauvre et déserte du Smâland septentrional. Et certes ils auraient dû trouver un lieu de repos à leur convenance, car ils n’étaient pas de ces sybarites douillets qui exigent des lits confortables et des chambres bien closes.