—Emmenez-nous! Emmenez-nous!

—Pas cette année; une autre année! répondit Nils. Pas cette année, une autre année!


XVIII
LA PRÉDICTION

Vendredi, 22 avril.

Nils dormait une nuit sur un îlot du lac Tâkern quand il fut réveillé par des coups de rames. A peine eut-il ouvert les yeux qu’une lumière éblouissante le fit cligner des paupières. Il ne comprit pas d’abord d’où venait cette clarté sur le lac; mais bientôt il vit un bachot rangé contre la bordure de roseaux; à l’arrière une grande torche goudronnée flambait, attachée à un piton de fer. Le feu rouge de la torche se reflétait dans l’eau nocturne du lac, et cette belle lueur attirait sans doute les poissons, car tout autour remuaient et s’agitaient une foule de traits noirs.

Deux vieillards se tenaient dans le bachot. L’un était assis aux rames, l’autre, debout sur le banc d’arrière, tenait à la main un harpon assez court, grossièrement barbelé. Le rameur paraissait être un pauvre pêcheur. Il était petit, sec et hâlé et portait un veston mince et usé. On voyait qu’il avait l’habitude de sortir par tous les temps, et qu’il ne craignait pas le froid. L’autre, bien habillé et bien nourri, avait l’air autoritaire et important d’un paysan.

—Arrête maintenant! dit le paysan lorsqu’ils arrivèrent juste en face de l’îlot où était couché le gamin. D’un mouvement rapide il lança le harpon dans l’eau. Quand il le retira une grosse anguille se tordait au bout.

—Voilà, fit-il en détachant l’anguille. En voilà une qui n’est pas petite. Je crois que nous en avons assez pris pour cette nuit et que nous pouvons rentrer.

Le camarade ne leva pas les rames; songeur il regardait autour de lui.