«—Je vous ai invitées ici pour vous remercier de vos cadeaux, dit l’Uppland; car c’est grâce à vous que je me tire si bien d’affaire à présent.
«—Dès mon retour, je commençai par amener le Dalelf dans mon domaine. Je me suis arrangé pour avoir deux chutes d’eaux magnifiques: l’une à Söderfors, l’autre à Elfkarleby. Au sud du fleuve, à Dannemora, j’ai placé le sol de granit que m’avait donné le Vermland. Je suppose même que le Vermland n’a pas bien regardé ce qu’il m’a donné, car ce granit n’était autre que du superbe minerai de fer. Là tout autour j’ai planté la forêt que j’ai reçue de l’Ostrogothie. Lorsque, de cette façon, il y eut au même endroit du minerai, des chutes d’eau, une forêt pour fournir du charbon de bois, il fut évident que j’aurais une riche contrée minière.
«Après avoir aussi bien arrangé le nord, j’ai étendu les crêtes du Vestmanland jusqu’au Mälar en y formant des promontoires, des caps et des îles qui se sont couverts de verdure et sont devenus beaux comme des jardins. Les baies que m’avait abandonnées la Sudermanie, je les ai fait entrer comme des fjords très profondément dans le pays que j’ai ainsi ouvert à la navigation et au commerce du monde.
«Le nord et le sud achevés, je me suis occupé de la côte de l’est, et là j’ai tiré grand profit des écueils, des monceaux de pierres, des bruyères et des landes que vous m’aviez donnés, et je les ai lancés dans la mer. De là toutes mes îles et mes îlots qui m’ont été si utiles pour la pêche et la navigation que je les compte comme mon bien le plus précieux.
«Cela fait il ne me restait plus de tous vos cadeaux que les tertres de marne que j’avais reçus de la Scanie. Je les ai étendus au beau milieu des terres: ils forment maintenant la fertile plaine de Vaksala. La petite rivière paresseuse que l’Ostrogothie m’avait donnée, je lui ai tracé un chemin à travers cette plaine pour établir une communication commode avec le Mälar.»
«Les autres provinces comprirent alors comment les choses s’étaient passées; un peu dépitées, elles durent reconnaître que l’Uppland avait bien su conduire ses affaires. «Tu as fait de grandes choses avec de petits moyens, dirent-elles. De nous toutes, c’est toi qui as fait preuve de la plus grande capacité et de la plus grande sagesse.»
«—Voilà une bonne parole! dit l’Uppland. Puisque vous parlez ainsi, je vous prends au mot; c’est moi qui logerai le roi et la capitale.
«De nouveau les autres provinces étaient furieuses, mais elles ne purent se dédire de ce qui avait été une fois décidé.
«Et l’Uppland eut le roi et la capitale et devint la principale des provinces. Et ce ne fut que justice, car l’intelligence et la sagesse sont les qualités qui aujourd’hui encore font des mendiants des princes.»