—Je n’ai pas eu le temps moi-même d’acheter un bol bleu, répondit-il. Mais j’en ai chargé le vieux Lapon. Je ne sais pas du tout ce qu’il est devenu.
A peine Klement eut-il dit ces mots, qu’une petite pomme de pin vint lui frapper le bout du nez. Personne ne l’avait jetée.
—Aïe, aïe, Klement! dit la vachère. On dirait que «le peuple des petits» écoute ce que nous disons. Tu n’aurais pas dû laisser à un autre le soin de préparer le bol bleu du tomte.
XXIX
LE VESTERBOTTEN ET LA LAPONIE
LE PAYS EN MARCHE
Samedi, 18 juin.
L’aigle avait dit à Nils que la large bande de côte qui s’étendait sous leurs yeux était le Vesterbotten, et que les crêtes de montagnes qui bleuissaient très loin à l’ouest se trouvaient en Laponie.
Le voyage sur le dos de l’aigle allait si vite qu’on avait souvent l’impression de rester immobile, surtout depuis que le vent qui le matin venait du nord avait changé de direction. La terre au contraire semblait reculer vers le sud. Les forêts, les maisons, les prés, les clôtures, les îles, les nombreuses scieries de la côte, tout était en marche. On eût dit que lassés de demeurer si haut dans le nord ils déménageaient vers le sud.
Cette idée amusa Nils. Songez donc, si ce champ de blé qui semblait nouvellement ensemencé arrivait en Scanie où le seigle à cette époque de l’année était déjà en épis!