—Que veux-tu qu’elle croie?

—Père et mère s’imaginent donc que j’ai couru le pays comme un mendiant cet été!

—Ils t’ont regretté avec la douleur qu’on ressent lorsqu’on perd ce qu’on a de plus cher au monde.

Nils sortit vivement de l’étable. Il se rendit à l’écurie, qui était toute petite, mais propre et bien tenue. On voyait que Holger Nilsson l’avait bien installée pour que le nouveau venu s’y plût. Il y avait là un grand et beau cheval qui luisait littéralement de santé.

—Bonjour! salua Nils. J’ai entendu dire qu’il y avait un cheval malade par ici. Ce n’est pas possible que ce soit toi; tu as l’air si bien portant?

Le cheval tourna la tête vers le gamin et le regarda longuement.

—Est-ce toi le fils de la maison? dit-il. J’ai entendu dire beaucoup de mal de toi. Mais tu as l’air si gentil, je ne te prendrais jamais pour Nils si je n’avais entendu dire qu’il a été changé en tomte.

—Je sais que j’ai laissé un mauvais souvenir derrière moi, dit Nils Holgersson. Ma propre mère croit que je suis parti comme un voleur. Je ne compte pas rester longtemps ici, mais j’ai voulu savoir ce que tu avais.

—Quel dommage que tu ne restes pas, dit le cheval. Je sens que nous serions devenus amis. Pour moi je souffre d’une bagatelle: une pointe de couteau ou un autre objet pointu m’est entré dans le pied. Cette pointe est si bien cachée que le docteur n’a pu la trouver, mais elle me fait beaucoup de mal et m’empêche de marcher. Si tu pouvais avertir Holger Nilsson de ce que j’ai, je crois bien qu’il pourrait me guérir. Je serais content d’être utile. J’ai tout à fait honte de rester oisif.

—Tant mieux, je suis content que tu n’aies pas de vraie maladie! répondit Nils. Nous tâcherons de te guérir; permets que je fasse quelques marques sur ton sabot avec mon canif.