Le gamin aurait voulu pleurer d’angoisse, mais le soleil rayonnait maintenant dans le ciel; jaune comme l’or, et joyeux, il semblait donner du cœur à toute la création. «Comprends bien, Nils Holgersson, disait-il, que tu n’as ni à t’affliger ni à t’inquiéter, tant que je suis là.»

LE JEU DES OIES

Lundi, 24 mars.

Rien n’arriva plus dans la forêt pendant le temps qu’il faut à peu près à une oie pour déjeuner, mais vers la fin de la matinée, une oie sauvage solitaire passa, volant sous l’épais toit des branches. Elle semblait chercher lentement son chemin entre les troncs et les ramées, et avançait très lentement. Dès que Smirre l’aperçut, il quitta sa place sous le jeune hêtre, et se glissa vers elle. L’oie n’évita pas le renard, mais vola tout près de lui. Smirre fit un bond pour l’atteindre, mais la manqua, et l’oie continua son chemin vers le lac.

Peu de moments après, une nouvelle oie apparut. Elle suivit le même chemin que la première, volant encore plus bas, et plus lentement. Elle aussi passa tout près de Smirre le renard, et il fit un grand bond après elle: ses oreilles effleurèrent presque les pattes de l’oie, mais elle poursuivit son chemin vers le lac, silencieuse comme une ombre.

Un moment encore passa et voilà de nouveau une oie sauvage; volant plus bas et plus lentement, elle semblait éprouver plus de peine à trouver son chemin entre les troncs des bouleaux. Smirre bondit: un doigt plus haut, il l’attrapait. Cette fois encore l’oie se sauva vers le lac.

Elle avait à peine disparu qu’une quatrième oie se montra. Elle volait si lentement et si bas que Smirre pensait bien pouvoir s’en emparer sans difficulté s’il avait voulu; toutefois il eut peur d’échouer encore une fois et résolut de la laisser passer. Elle prit le même chemin que les autres, puis, arrivée juste au-dessus de Smirre, descendit si bas qu’il ne résista pas à la tentation de sauter après elle. Il arriva assez haut pour l’effleurer de la patte, mais elle se jeta brusquement de côté et se sauva.

Smirre n’avait pas eu le temps de souffler que trois oies survenaient, volant sur une ligne. Elles firent comme les autres, et Smirre bondit éperdument.

Puis ce furent cinq oies qui apparurent. Elles volaient mieux que les autres, et bien qu’elles semblassent vouloir tenter Smirre, il les laissa passer sans essayer de les attraper.

Un assez long moment s’écoula; une oie seule apparut. C’était la treizième. Elle était si vieille, celle-là, qu’elle était uniformément grise, sans une seule strie foncée. Elle paraissait ne pas pouvoir se bien servir de l’une de ses ailes, et elle volait piteusement, tout de travers. Parfois elle effleurait presque le sol. Smirre ne se contenta pas de bondir après elle; il la poursuivit en courant et en sautant jusque vers le lac, mais cette fois encore ses efforts furent vains.