Pourtant les oies sauvages ne se lassaient pas de voler par la forêt et de tourmenter Smirre. Elles n’eurent aucune pitié, bien que Smirre fût anéanti, tremblant, fou. Elles continuaient encore bien qu’elles comprissent que Smirre les voyait à peine, bondissant après leurs ombres.
Ce n’est que lorsque Smirre se fut affaissé sur un tas de feuilles sèches, impuissant et inerte, prêt à rendre l’âme, qu’elles cessèrent le jeu.
«Tu sauras dorénavant, renard, ce qu’il en coûte d’attaquer Akka de Kebnekaïse», crièrent-elles à son oreille, en le laissant enfin.
III
AVEC LES OISEAUX SAUVAGES
DANS LA FERME
Jeudi 24 mars.
Pendant les mêmes journées précisément il se passa en Scanie un événement qui fut très discuté, occupa même les journaux, et que beaucoup de gens qualifièrent de conte, faute de pouvoir en donner une explication.
Voici l’histoire: une femelle d’écureuil avait été prise dans un taillis de coudriers sur les rives du Vombsjö; on l’avait portée dans une ferme voisine. Jeunes et vieux, tout le monde dans la ferme se réjouissait de regarder la petite bête, si jolie avec sa belle queue, ses yeux intelligents et curieux, et ses mignonnes petites pattes. On comptait se distraire tout l’été de ses mouvements agiles, de sa façon leste et rapide de décortiquer les noisettes et de ses jeux joyeux. On l’installa dans une vieille cage à écureuil, composée d’une petite maison peinte en vert et d’une roue en fil de fer. La petite maison, qui avait portes et fenêtres, servirait de salle à manger et de chambre à coucher; on y arrangea une couchette de feuilles et on y mit un bol de lait et une poignée de noisettes. La roue devait être la salle de jeu où la petite bête pourrait courir et grimper.
Les gens de la ferme trouvaient qu’ils avaient arrangé tout très bien pour l’écureuil et s’étonnèrent que son habitation ne parût guère lui plaire. Elle restait triste et revêche dans un coin de la chambrette: de temps en temps elle faisait entendre un cri de douleur aigu. Elle ne toucha pas à la nourriture. «C’est parce qu’elle a peur, disaient les gens; demain, lorsqu’elle se sentira chez elle, elle mangera et jouera.»