—Sauf votre respect, Majesté, je l’ai vu, dit l’homme de bois.

A cette réponse le gamin qui s’était blotti sous le chapeau et regardait le roi par une fente de bois, eut si peur qu’il commença à trembler. Mais il se calma lorsque l’homme de bois poursuivit:

—Votre Majesté suit une mauvaise piste. Le gamin semblait avoir l’intention de se réfugier dans le chantier pour s’y cacher.

—Vous croyez, Rosenbom? Eh bien, ne restez donc pas là immobile sur votre tabouret, mais suivez-moi, et aidez-moi à le retrouver! Quatre yeux voient mieux que deux, Rosenbom.

Mais l’homme de bois répondit d’une voix geignarde: «Je prie humblement Votre Majesté de me laisser où je suis. J’ai l’air frais et reluisant à cause de la peinture, mais je suis vieux et pourri, et ne supporterais pas un effort».

L’homme de bronze ne semblait pas être de ceux qui supportent la contradiction.

—Qu’est-ce que ces histoires? Venez tout de suite, Rosenbom! Le roi leva son bâton et en donna à l’autre un coup retentissant sur l’épaule: «Vous voyez que vous tenez encore, Rosenbom».

Là-dessus ils se mirent en route. Grands et puissants, ils traversèrent les rues de Karlskrona, et atteignirent enfin une lourde porte qui menait au chantier. Un matelot montait la garde, mais l’homme de bronze n’y fit point attention. Il poussa la porte du pied, et ils entrèrent.

Devant eux s’étendait un vaste port, divisé en compartiments par des ponts sur pilotis. Les bassins étaient occupés par des vaisseaux de guerre.

—Par où vaut-il mieux commencer les recherches, Rosenbom? demanda l’homme de bronze.