—Vous êtes peut-être fâchés de nous voir venir dans votre maison? demanda Akka. Mais nous n’y pouvons rien, car nous avons été poussées à la dérive par le vent. Nous avons lutté toute la journée avec la tempête, et nous serions bien aise de rester ici cette nuit.
Un bon moment se passa avant que les moutons se décidassent à répondre; on entendait quelques-uns d’entre eux pousser de gros soupirs. Akka savait bien que les moutons sont des animaux timides et étranges, mais ceux-ci semblaient entièrement ignorer les manières. Enfin une vieille brebis, qui avait un visage long et un air triste, répondit d’une voix plaintive:
—Aucun de nous ne vous refusera certes de rester, mais c’est une maison du deuil, et nous ne pouvons recevoir des hôtes comme autrefois.
—Ne vous inquiétez donc pas, dit Akka. Si vous saviez tout ce que nous avons souffert aujourd’hui, vous comprendriez que nous serons contentes si seulement nous avons un coin sûr pour dormir.
A ces mots la vieille brebis se leva:
—Je crois bien qu’il vaudrait mieux pour vous voler dans la pire tempête que de rester ici. Mais vous ne partirez pas sans que vous ayez au moins pris les quelques rafraîchissements que nous pouvons vous offrir.
Elle les conduisit vers un creux du sol plein d’eau. A côté il y avait un tas de paille hachée et de son dont elle leur fit les honneurs.
—Nous avons eu un hiver de neige très rigoureux cette année, dit-elle. Les paysans qui possèdent l’île sont venus nous apporter du foin et de la paille d’avoine pour que nous ne mourions pas de faim. Et ce tas-là, c’est tout ce qui nous reste.
Les oies se précipitèrent sur la nourriture. Elles pensaient qu’elles étaient très bien tombées et étaient de la meilleure humeur. Elles voyaient bien que les moutons étaient agités, mais elles savaient d’autre part combien les moutons sont vite effrayés et ne croyaient pas à un vrai danger. Lorsqu’elles eurent mangé, elles s’apprêtaient à dormir. Mais le vieux bélier se leva et s’approcha d’elles. Nils pensa qu’il n’avait jamais vu un mouton avec des cornes aussi longues et aussi grosses. Il était remarquable à divers égards. Il avait un grand front courbé, des yeux intelligents et la bonne tenue d’un animal fier et courageux.
—Je ne peux pas, en bonne conscience, vous laisser dormir ici, sans vous avertir que l’endroit n’est pas sûr, dit-il. Nous ne pouvons recevoir des hôtes de nuit.