Le gamin ne trouva pas cette offre très généreuse, mais depuis qu’il s’était emparé du tomte, il en avait peur. Il se rendait compte qu’il avait affaire à quelque chose d’étranger et d’effrayant, qui n’appartenait pas à son monde, et ne demandait qu’à sortir de cette aventure.
Aussi acquiesça-t-il immédiatement à la proposition du tomte, et cessa d’agiter le filet pour permettre au petit bonhomme de regrimper. Toutefois au moment où son prisonnier était presque sorti du filet, il eut l’idée qu’il aurait dû s’assurer de grands biens et toutes sortes de choses. Pour commencer, il aurait au moins dû exiger que le sermon lui entrât tout seul dans la tête. «Que j’ai donc été bête de le laisser partir», se dit-il, et de nouveau il se mit tout à coup à agiter le filet.
Mais au même instant il reçut une gifle si formidable qu’il lui sembla que sa tête allait éclater. Il fut projeté d’abord contre un mur puis contre l’autre; enfin il tomba par terre, et demeura inanimé.
Lorsqu’il reprit connaissance, il était seul dans la pièce; nulle trace du tomte. Le couvercle du coffre était rabattu; le filet à papillons était à sa place accroché à la fenêtre. S’il n’avait pas ressenti une douleur cuisante à la joue, il aurait été tenté de croire que tout cela n’avait été qu’un rêve. «Quoi qu’il en soit, se dit-il, père et mère affirmeront toujours que c’était un rêve. Ils ne me feront pas grâce du sermon à cause du tomte. Aussi vaut-il mieux que je me remette à lire.»
Ce disant, il s’avançait vers la table, lorsque tout à coup il remarqua quelque chose d’étrange. Il n’était pas possible que la maison se fût agrandie. Mais comment expliquer autrement qu’il eût à faire un si grand nombre de pas pour atteindre la table? Et qu’avait donc la chaise? Elle ne semblait pas être devenue plus grande; pourtant il dut se hisser d’abord jusqu’au barreau inférieur et de là grimper sur le siège. De même pour la table, il ne put en voir le dessus qu’en escaladant le bras du fauteuil.
«Qu’est-ce que cela signifie? se dit-il. Je crois que le tomte a enchanté le fauteuil et la table et toute la maison.»
Le sermonnaire était toujours ouvert sur la table et ne paraissait pas changé; pourtant il vit bien qu’il y avait là encore quelque chose de bizarre, car il ne put lire un seul mot sans se placer debout sur le livre même.
Il lut quelques lignes, puis leva la tête. Ses yeux tombèrent de nouveau sur la glace, et il s’écria tout haut: «Tiens, en voilà encore un!»
Dans le miroir, il voyait nettement un petit, tout petit homme en bonnet pointu et en culottes de peau.
—Celui-là est habillé exactement comme moi, s’écria-t-il en joignant les mains de surprise. Alors le petit bonhomme de la glace fit le même geste.