On en retrouve la trace dans les agissements de M. du Paty de Clam, qualifié, par Zola, de « diabolique », mais aussi d’ « inconscient ».

Quand il imagine d’installer un jeu de glaces, pour surprendre les mouvements de physionomie du « sujet » ; quand il s’obstine à vouloir employer une lanterne sourde, à déclic brusque, pour que le sursaut du réveil, sous le jet de flamme, lui livre peut-être une exclamation indicatrice ; quand il terrorise madame Dreyfus, en lui faisant entrevoir, pour son mari — il était assez bon prophète, — presque le sort du Masque de fer, il faut bien convenir qu’il manifeste, tout au moins, un zèle judiciaire intempestif et quelque excentricité.

C’est à la même inspiration, la même instigation, faudrait-il dire hiérarchique, donc d’essence supérieure, que céda en tout loyalisme et fidélité, et aussi en toute conscience, M. le colonel Maurel, président du Conseil de guerre.

Il faut que Labori donne lecture du compte rendu de la séance, alors paru dans l’Autorité, et notant tous les incidents entre la défense et l’accusation, pour que l’on apprécie, à distance, quel fut l’acharnement de la lutte, la ténacité de Me Demange, la ...vivacité du colonel Maurel. Celui-là, aussi, croyait bien faire, comme tous ou — presque tous !

Y compris M. Bertillon, homme honorable, monomane respectable, « sourd comme une pierre » à tout ce qui n’est pas son système et peut en contredire les déductions.

Le cas de M. Lebrun-Renault est plus complexe ; mais n’ayant pas entendu sa déposition, il serait injuste de lui attribuer une quelconque attitude.

De celle qu’il eut jadis, des témoins font foi : MM. Eugène Clisson, Dumont, Fontbrune, de Vaux, madame Chapelou. Les uns l’ont rencontré, le soir même de la dégradation de Dreyfus, et ils ne citent aucune sorte d’aveux. D’autres, MM. Clemenceau et Gohier, ont reçu de madame Chapelou les confidences parues dans l’Aurore du 25 janvier, confirmées par une interview du Temps. « Après le procès et la condamnation, j’ai entendu M. le capitaine Lebrun-Renault déclarer, non pas une fois, mais cent fois que Dreyfus n’avait pas fait d’aveux. »

Nous voici passés de la preuve par omission à la preuve par affirmation.

Celle-ci se double de l’altercation, l’autre jour, à côté, dans le couloir, entre le commandant Forzinetti et M. Lebrun-Renault.

Le vieux brave avait empoigné son camarade par le pan de sa tunique : « Un journal prétend que vous avez déclaré avoir reçu des aveux. Vous m’avez dit le contraire, encore il y a six mois. C’est donc que vous êtes un f... menteur ? »