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En prologue, Labori termine sa plaidoirie, magistralement, superbement.
Il examine la fameuse pièce, la dernière — il y en a tant que l’on pourrait confondre ! — celle dont a argué en dernière heure M. le général de Pellieux : la carte, la lettre, etc. L’authenticité de la carte, il y croit, mais non pas de l’annotation qui y est tracée, non plus que de la lettre y adjointe.
Il discute le bordereau encore, les rapports des experts jurés, tout ce fatras, toutes ces folies !
Il rappelle l’admirable carrière militaire de M. le lieutenant-colonel Picquart, sorti de l’École de Guerre où il professa : chef de bataillon à trente-deux ans, chevalier de la Légion d’Honneur, promu au choix le plus jeune lieutenant-colonel de l’armée française. Il le disculpe de toutes les imputations dont on prétendit le compromettre ou le salir; établit sa correction impeccable, son honorabilité parfaite, sa conscience rare ; affirme qu’il sortira de tout ceci, non pas réhabilité, mais grandi.
Il remet au point, aussi, la vérité, quant à la famille Dreyfus : trois frères sur quatre optant pour la France, en 1872, l’aîné, ayant fait son service militaire comme Français, demeurant là-bas pour veiller aux intérêts de leur entreprise industrielle. Puis celui-là, en 1897, malgré tout, abandonnant Mulhouse, rentrant à Belfort, se faisant naturaliser Français, après avoir fait opter ses six fils pour la nationalité française... deux avant l’Affaire, quatre APRÈS !
Enfin, il trace — et de façon combien vengeresse ! — le portrait d’Esterhazy ; fait l’historique de ses menées, de ses ténébreux et fantastiques agissements,
Puis il conclut :
« Je me place sur le terrain étroit où nous a conduits la plainte du ministre de la guerre. »
» Il reste qu’en 1894, en l’absence de preuves, un homme, un ministre éphémère, a pris sur lui de condamner un de ses officiers. Il reste que, depuis, on a tout fait pour maintenir l’erreur sous la protection des ténèbres. Il reste que la lettre de M. Zola fut un cri de justice et de vérité. Oui ; cette lettre a rallié tout ce que la France, à défaut de quelques perturbateurs, compte de plus grand et de plus pur.