» Ne vous laissez pas troubler ! Ne vous laissez pas intimider non plus ! L’honneur de l’armée n’est pas en cause. On a parlé des dangers de guerre. Ne croyez pas à ces dangers. Et d’abord tous ces braves officiers — qui ont pu se tromper — se battraient tous avec le plus ferme courage et nous conduiraient à la victoire.
» Ne frappez pas Émile Zola, messieurs les jurés ! Vous savez bien qu’il est l’honneur de la France. C’est par le cœur, c’est par l’énergie morale qu’on fait les batailles victorieuses. Et moi aussi, je veux crier : « Vive l’armée » quand je vous demande d’acquitter Zola. Je veux crier en même temps : « Vive la République ! Vive le droit ! Vive l’idéal éternel de justice et de vérité ! » et c’est avec une confiante tranquillité, messieurs les jurés, que j’attends votre sentence ! »
Comme avant-hier, comme hier, il termine dans une tempête de cris.
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C’est le tour de M. Clemenceau.
Sa face tourmentée, aux yeux jeunes, au rictus ironique, cette face d’ambre aux pommettes saillantes, aux méplats caractérisés, comme sculptée, creusée, fouillée au couteau dans une bille de buis, se détache bien en vigueur sur la pourpre des robes.
Et si son éloquence entend se restreindre, demeurer maîtresse de soi, plier ses ailes en quelque sorte, dans un milieu inaccoutumé, dans un cadre étranger, sa voix incisive, mordante, a de beaux accents de tristesse et de persuasion.
Il fait le procès de la « chose jugée » en tant que dogme ; démontre, par son propre exemple, en quelle obscurité on se débattit ; combien il fut difficile et grave de se former une conviction.
Puis il conclut :
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