Personne n’a l’air rébarbatif ; il semblerait que l’indolence de la ville :
... Cette Palmyre où dort la royauté !
ait gagné les plus belliqueux.
On se salue, on se fait des révérences, des petits sourires : on est tout à fait grand siècle.
Dans la salle à manger de l’hôtel des Réservoirs où, naïve, je m’en suis allée déjeuner pour avoir une vision de veillée d’armes, nous sommes juste quatre... en trois groupes ! M. Edmond Ployer, l’éminent bâtonnier de l’Ordre, l’avocat du Conseil de guerre — hélas ! — avec son secrétaire, M. Aubépin ; M. Arthur Meyer qu’une guêpe malavisée a pris pour une rose et à qui elle a piqué le doigt ; votre servante — et c’est tout !
Dans l’immense hall tout blanc, on a l’air de jouer aux quatre coins.
J’y jouerais bien, moi ! Mais les autres sont des gens graves. Et puis, c’est l’ « ennemi » : alors on se tient !
Deux œufs, un soupçon de galantine et une tasse de café (ceci pour bien établir mon détachement relatif des choses de ce monde) et me voilà devant le Palais de Justice.
Des reporters en masse, des camarades faisant le lézard en plein midi, mais notant ce qui se passe, assez fiévreusement.
Zola, Labori, les deux Clemenceau, Bruneau et Desmoulins sont arrivés, peu avant, tous les six en automobile ; à la grande stupeur des badauds, à la grande fureur des manifestants.