Car il y a des manifestants : deux bonnes douzaines. La mission algérienne n’est pas encore de retour ; mais le manque de discernement des électeurs, et la clôture de la foire aux candidats, ont créé des loisirs à quelques personnes qui les viennent utiliser ici.
On les voit circuler avec animation — et avec Esterhazy !
Celui-ci semble particulièrement nerveux. L’ordonnance de non-lieu rendue par M. le juge d’instruction Bertulus, et qui lui attribue définitivement, sans nul recours, la lettre où, après avoir souhaité de finir « comme capitaine de uhlans en sabrant des Français », il termine : « Paris pris d’assaut et livré au pillage de cent mille soldats ivres, voilà une fête que je rêve. Ainsi soit-il ! » ladite constatation, sans appel, paraît l’avoir jeté hors des gonds.
Il médite évidemment quelque chose... mais quoi ?
Attenterai-je à l’honneur de l’armée, offenserai-je la majesté du drapeau, en osant dire que le grand jour ne convient pas au genre de beauté de M. Walsin-Esterhazy ?
Avec son paletot jaune, son gilet vert, son nez en bec, il a l’air, sauf respect, d’un vieil ara déplumé.
Autour de lui quelques-uns, que l’on connaît, se ramassent, accordent leurs sifflets pour la sortie. Car on ne siffle pas des lèvres ou dans une clef. L’élan des sentiments, la spontanéité de la manifestation, s’atteste par le petit instrument de métal que chacun a apporté de Paris, dans son gousset.
C’est ce qu’on appelle avoir de la précaution !
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La salle d’assises est exiguë, mais paraît plus vaste, d’être si lumineuse. On dirait un atelier de peintre, à cause des deux grands vitrages qui la recouvrent de la tribune du fond, au-dessus de l’entrée, où l’on s’imaginerait mieux un orgue que du public.