Mais sur la table à modèle, c’est le tribunal... Ici, également dans mon respect incommensurable pour la magistrature, je ne me permettrai aucune critique envers la plastique de ces messieurs. A peine oserai-je insinuer que Sarah Brown devait être mieux.
Et encore ! Peut-être cela dépend-il des goûts !
Les jurés, à mon sens, ont autrement de physionomie et d’allure que ceux de Paris, au précédent procès ; qui, si identiques de faciès, de crâne, si uniformément impassibles, donnaient l’impression, dans la pénombre, d’une double rangée de pots à fleurs sur une fenêtre de prison.
Seules les fleurs manquaient...
Aujourd’hui elles sont dans l’auditoire. Beaucoup de jolies femmes printanièrement élégantes : du rosé, du bleu, du mauve, piquant de notes délicates le vert clair des murs, selon la tradition de l’Art nouveau.
Un buste de République naturellement ridicule ; un cadran affreux ; un Christ dont la peinture est, tout de même, un peu trop délabrée, composent l’ameublement.
Voici Zola, Perrenx, Vaughan, Pasquelle, George et Albert Clemenceau, Desmoulins, Bruneau, Labori, ses secrétaires Hild et Monira.
Voici, en uniforme, les plaignants : le général de Luxer, les colonels Ramel et Bougon, les lieutenants-colonels Gaudelette et Marsy, les commandants Privais et Leguay.
Voici Mes Ployer, Las Cases et Deligand, Me Aubépin.
Je n’aperçois pas, dans cette masse compacte et confuse, M. le lieutenant-colonel Picquart ; mais on ne saurait n’y pas voir M. Jules Auffray, avocat et chef de claque.