Ah ! l’abominable doctrine encore, qui enfonce l’homme dans sa faute, lui interdit le rachat de ses faiblesses, l’expiation ! Dieu n’est pas si sévère, qui a fait le Purgatoire ; qui a déclaré, par la bouche du Christ indulgent et remetteur de péchés, qu’il y aurait plus de joie au ciel pour un repenti que pour dix justes !
Dans le coin des vrais chrétiens, Marcel Habert, Jules Auffray, et Gyp, je suis bien sûre que l’on pensait ainsi !
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Il y avait trois avocats pour les accusés, un petit, un moyen, et un grand.
S’ils n’ont pas dit tous trois la même chose (le petit a du talent), l’argument-type était le même : « En déclarant, en publiant à son de trompe que le père du plaignant était un filou, jamais, au grand jamais, on n’avait eu l’intention de lui nuire à travers sa personnalité, c’est la cause dont il était le représentant qu’on visait ; la chose n’a été lancée que pour sauver la patrie et la République. »
A vrai dire, cela a paru piteux : on aurait préféré plus d’audace, moins d’arguties.
C’est le « moyen » qui a commencé : prétentieux, braillard et insupportable. Tous les lieux communs défilaient par sa bouche, comme les Béni-Bouffe-Toujours à l’enterrement de Hugo. Mais s’il s’écoutait avec bienveillance, il était le seul : un formidable ennui pesait sur l’auditoire.
Le petit a parlé ensuite, fort aussi. On eût dit que la véhémence dût illusionner sur l’anémie de la cause. C’est un malin, ce petit-là ! Et, par l’envolée des manches, il a révélé des dessous de lingerie rose dont le jeune barreau était révolutionné. Les dames aussi.
Le grand est venu, pour la bonne bouche, c’est le cas de le dire, onctueux et sucré. On dirait que sa langue est une friandise. Il la suce en parlant, puis avale sa salive comme quelque chose de très bon, les yeux clos, à la manière des chats gourmands.
Que l’on me pardonne la trivialité de l’expression, mais il est tout à fait « rigolo ! »