21 SEPTEMBRE 1898
L’AFFAIRE PICQUART ET LEBLOIS
Que font ces deux hommes en correctionnelle ?
Voici, L’un, officier de l’armée française, ayant agi avec l’assentiment de ses chefs et se voyant soudain désavoué, disgracié, dépêché au loin, en butte à toutes les intrigues, en proie à tous les pièges, en objet à tous les traquenards, a usé de son droit d’homme, de son droit de citoyen, pour se confier — sous le sceau du secret professionnel — à un membre du barreau.
Depuis quand (et à quelque hiérarchie qu’on appartienne) est-il interdit de recourir aux offices de l’avocat ? Il appartient à la trinité sacrée dont le prêtre et le médecin sont les deux autres incarnations. Lui aussi, hors le prétoire, a fait vœu de silence.
Et voyez-vous qu’on éloigne, de la science ou de la foi, les porteurs d’uniforme, sous prétexte, que soit dans la fièvre, soit dans la contrition, ils pourraient révéler des secrets d’État ?
Henry avait peut-être son confesseur. Du Paty a sans doute le sien. Quoi qu’ils aient murmuré, au tribunal de la pénitence, se serait-on avisé de les poursuivre, et aussi l’auditeur, pour divulgation de secrets d’État ? Si Henry, se frappant la poitrine, avait avoué : « Mon père, j’ai fait un faux ! » s’imagine-t-on l’odieux et le ridicule de l’intervention judiciaire à ce sujet ?
En semblable occurrence, le Barreau vaut l’Église et la Faculté : on insulte l’honneur du Barreau !