23-12-1853, Poste restante,
Place de la Bourse,
Paris.
P.-S. — Pour vous donner une idée, si petite soit-elle, sur le concours que je puis vous apporter, je joins à ma lettre un des nombreux feuillets qui sont en ma possession ; comme tous les autres, celui-ci sort des bureaux de l’État-Major. Cette écriture est facile à reconnaitre.
A cette missive, en effet, était jointe une page évidemment détachée d’un travail sur quart de papier écolier très ordinaire ; numérotée 4, en haut, au milieu ; et tracée d’une écriture fine, presque féminine, à tendance très ascendante vers la droite : ce que les graphologues appellent l’écriture d’ambitieux.
En voici le texte :
(4)
a commandé le 161e régiment d’infanterie depuis 1892 jusqu’au jour où il partait pour Madagascar comme général de brigade ;
2° Le lieutenant-colonel Henry, accusé d’écrire dans les journaux — ce qui ne serait, on en conviendra, qu’un crime très relatif — s’en défend avec une énergie qui vaut bien la violence de ses dénonciateurs ;
3° Le général Gonse, accusé d’avoir manifesté une opinion favorable à Dreyfus, est peut-être l’homme de l’armée le plus convaincu de la culpabilité du traître ;
4° Le général de Boisdeffre. Celui-là est simplement le Deus ex machina qui a tout combiné pour perdre Dreyfus — dont sans doute il convoitait
Au 29 janvier, si en éveil que l’on pût être, tout cela pouvait passer encore pour œuvre d’imagination ou d’exagération.