On force toutes les hésitations, on vient à bout des consciences les plus méticuleuses par ce « Tarte à la crème ! » qu’est le faux de 1896. Il répond aux objurgations, rétorque les observations, guérit les migraines, les cors aux pieds, et les chagrins de ménage, comme les panacées des charlatans ! C’est là-dessus que tout repose : il est la pierre angulaire de l’État-Major ! Grâce à lui, de Pellieux n’enquête pas ; Ravary ne rapporte pas... et les malheureux juges du deuxième Conseil de guerre, s’ils n’acquittent point « par ordre », en ont l’apparence déshonorante, roulés qu’ils sont comme des nigauds !
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Dès lors, tout est perdu, — surtout l’honneur !
On fabrique, de quatrième mouture, des procès-verbaux d’aveux ; on s’empêtre dans l’affaire Zola, jusqu’à exciper d’un document si parfaitement ridicule que son inauthenticité saute aux yeux ; un ministre de la guerre de France, par une Chambre française, en fait voter l’affichage — et, lorsque le faussaire est pris, s’est tué, il se trouve des aberrés pour célébrer sa gloire, son héroïsme, et lui vouloir élever une statue !
Ah ! cet interrogatoire d’Henry, par M. Cavaignac ! Depuis l’interrogatoire d’Esterhazy par Albert Clemenceau, on n’avait point éprouvé telle commotion nerveuse, tel trouble poignant.
Peu avant, on avait ri, justement, d’une lettre d’Esterhazy à propos d’un des fameux experts : « Belhomme est un idiot : il suffit de le regarder pour en être sûr. Belhomme est tout à fait gâteux : c’est visible. »
On estimait que Belhomme, pour cette dépréciation de son intellect, allait demander quelque dédommagement pécuniaire à l’irascible Hulan.
Quand, tout à coup, la placide voix de M. Bard s’est élevée d’un ton. Il lisait le dialogue bref, concis, haché, entre le ministre et le colonel Henry.
— Quand et comment avez-vous reçu la pièce de juin 1894 ? Quand et comment avez-vous reçu la pièce de novembre 1896 ?
— C’est moi qui les ai reçues. La première, je l’ai datée quand je l’ai reçue. La seconde aussi, la veille de la Toussaint. J’y ai mis la patte (sic) moi-même.