Alors, on l’expédie à Gabès...
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Je n’entrerai pas dans le détail du compte rendu analytique, mais on n’en saurait trop recommander l’étude.
Qu’il s’agisse du rôle d’Henry, de du Paty, d’Esterhazy, le mort, l’éclipsé, le fuyard, apportent, à leur insu, des présomptions, des preuves d’innocence, en faveur de celui-là même qu’ils ont fait condamner.
Toute l’affaire Dreyfus se résume ainsi : indiscrétions, recherches, choix du bouc émissaire ; les uns par inadvertance, les autres par hostilité personnelle, fanatisme religieux — peut-être aussi quelque criminel pour couvrir ses propres actes...
Mais ensuite, sur toute la ligne, la volonté de ne pas savoir ; l’inexorable ténacité à faire le silence, à murer la pierre du tombeau. Esterhazy coupable, c’est Dreyfus innocent : on sauvera Esterhazy ! Les voilà pris dans l’engrenage, entraînés par l’avalanche, emportés dans le torrent !
On égare M. Cochefert, en lui disant qu’on avait procédé à une longue enquête ; qu’on possédait des preuves « indiscutables », tracées par la main du traître — et rien de tout cela n’est vrai !
On trahit la loi ensuite, par l’envoi à M. le colonel Maurel, président du Conseil de Guerre, d’un pli cacheté renfermant quatre pièces (dont aucune, on le sait aujourd’hui, n’était applicable à Dreyfus), mais qu’annotent des commentaires de M. du Paty de Clam, et qui doivent — communiquées hors de la séance, de l’accusé et de son défenseur — venir à bout des scrupules, « enlever » la condamnation !
On falsifie des textes, la peur est venue : le dossier, à présent que Picquart est sur la piste, semble bien pauvre et bien maigre. Un faux est commis, que l’on ignorait jusqu’ici, adressé au captif, là-bas, pour le compromettre plus encore ; retenu par le Ministère des Colonies. Celui de 1896, celui d’Henry n’est que le second. Mais rien n’indique, bien au contraire, qu’il soit le dernier. Car Speranza, Blanche, la Dame voilée entrent dans la danse, — la farandole qui doit mener au saut final !
On entr’ouvre les armoires, on casse le fil des dossiers ; le document « libérateur » se promène sans que nul, au service de la défense nationale, songe une minute à s’en étonner !