Procès Esterhazy, procès Zola, procès Judet, procès Picquart, ont été indispensables à ouïr, successivement, pour quiconque se targue de transmettre, au public, un avis motivé. L’appréciation est négligeable lorsqu’elle omet de s’appuyer sur l’étude et l’expérience des faits. Elle ne résulte plus que des tendances, n’est plus que l’expression contestable des sentiments d’un individu.

Or, au long de toute cette série, on a vu M. Rochefort à une des premières audiences du procès Zola ; M. Déroulède à une des dernières, plus à une séance de Versailles ; M. Millevoye nulle part, et de même M. Drumont. Comment peuvent-ils avoir une opinion sur ce qu’ils n’ont ni vu, ni entendu ? Comment, surtout, peuvent-ils l’émettre, avec la prétention d’en faire acte de foi à l’usage des lecteurs ?

C’est bien assez qu’il y ait impossibilité matérielle, pour ceux-ci, de voir de leurs yeux, d’écouter de leurs oreilles, sans qu’encore on ne les informe que par ouï-dire, de troisième main.

Il y a les comptes rendus judiciaires, je sais bien... Mais, suivant que la nature de l’affaire est favorable ou non au parti adopté, la consigne vient activer ou modérer le zèle. Avant-hier, à part de très rares exceptions, on ne s’évertuait pas, chez les antirevisionnistes, à prendre des notes, que l’on savait, d’avance, devoir demeurer inutilisées.

Cela s’est vu, dans les journaux d’hier. Encore cette fois, la sténographie — qui dit tout — a été employée par les mêmes partisans du « tout au jour ».

Du groupe nationaliste annoncé par un avis spécial, dans les feuilles spéciales, pas l’ombre ! Alors qu’il eût été si logique qu’au Cherche-Midi, au Palais, à Versailles, tous les hommes qui se sont actionnés à empêcher la réparation de l’erreur de 1894 vinssent attester de leur droiture, par leur présence et l’examen rigoureux des événements.

Il n’y a pas à objecter le respect de la « chose jugée » : on sait comment, par eux, elle fut traitée en mainte occasion. Ils n’auraient rien perdu à s’instruire ; ils auraient seulement manifesté une délicatesse de conscience, un souci de probité qui leur aurait valu une autorité bien plus grande : celle de l’auditeur et du spectateur — celle du témoin !

Tandis qu’ils ont fait l’autruche, pour éviter le péril de la lumière, le danger de la vérité. et du trou où ils ont la tête, ils formulent des vues d’ensemble !


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A la fin du rapport de M. Bard, quelques phrases ont soulevé le discret murmure qui est, dans cette enceinte, la plus haute marque d’approbation.