Après la remise au point des situations respectives du lieutenant-colonel Picquart et du général Gonse — celui-ci en fâcheuse posture ; l’autre chaque jour un peu plus justifié, par les événements, dans la captivité, manœuvre suprême dont le maintien, aujourd’hui, révolte — après réclamation énergique du dossier d’instruction Fabre, quant aux relations qui existèrent entre le général Gonse et le faussaire Henry, Me Mornard termine par un éloquent appel à la raison et au cœur des magistrats.
Il ne parle pas au nom de la haine, mais seulement au nom de la douleur. Il ne demande point le pardon, il demande la vérité. Il dit : « Les convictions sincères ne redoutent pas la discussion. » La Cour se retire pour délibérer.
Et nous demeurons là trois heures, oui, trois heures, dans une attente dont rien ne saurait exprimer la fièvre secrète, l’ardeur concentrée. On jase, on rit... mais les regards de plus en plus fréquemment se tournent vers l’horloge, s’y arrêtent, s’y fixent, s’y incrustent — tandis que circulent les nouvelles les plus contradictoires.
J’ai confiance : il faisait trop beau ce matin ! Encore tout à l’heure, la bande d’azur que laisse entrevoir la croisée, apparaissait limpide et lumineuse.
Le crépuscule, la nuit. On allume les lustres, on apporte les lampes. O Gribelin !
— La Cour, messieurs.
Les visages sont tendus, les mains sont tremblantes. Une immense émotion fait haleter les souffles.
Impassible, M. le président Lœw lit :
La Cour,
Après en avoir délibéré en la chambre du conseil, rend l’arrêt suivant :