Ce fut fait en conscience. Zola, reprenant le mot de Voltaire, put, en toute exactitude, traiter de cannibales ceux qui criaient à mort, assommaient les républicains et menaçaient les femmes.
Le sang coula ; M. Esterhazy fut acclamé ; les officiers de réserve et de territoriale arborèrent l’uniforme : ce fut une bien jolie fête !
Ici, c’est moins facile. La circulaire du chef suprême de l’armée enjoignant à ses subordonnés de rester chez eux, semble avoir assuré la tranquillité des débats.
La tactique paraît devoir être la dignité ; l’abstention en masse et significative.
Quand on fut sur le point de lire la lettre-témoignage d’Esterhazy qui figure à l’Enquête de la Cour de cassation — Esterhazy ? Fi ! Pouah !... Oh ! les amours passées ? — noblement, en masse, l’élément militaire déserta le prétoire.
L’effet tout d’abord, fut perdu. Comme la température n’est pas très saine et que le changement d’habitudes indispose ici beaucoup de gens, on crut d’abord à un malaise général.
On les plaignit. Ce ne fut que lorsque M. Auffray « berger de ce troupeau » et quelques directeurs de journaux nationalistes leur emboîtèrent le pas que l’on comprit.
Alors, cela parut simplement ridicule, et fit sourire.
Tant mieux ! Toute manifestation de parti-pris nous sert ; démontrera qui s’obstine dans l’aveuglement, la surdité, l’erreur !
Cependant que d’œufs brisés d’ici-là, d’où — quelques-uns ayant été couvés — de bizarres poulets s’échappent et se mettent à courir.