Il faut savoir en être, il faut vouloir en être, obstinément, farouchement ! En raison de ce principe que le pouvoir et la force, enfantant fatalement l’arbitraire, ne sauraient s’exercer sans dommage à la liberté d’autrui.
D’ailleurs, ceci ne se raisonne guère : c’est question de tempérament. Dès les premiers pas, en quelque sorte, chacun marque sa tendance, et sous quel signe il est né. On distingue, très aisément, les disciplinés des réfractaires, et celui qui serait tyran de celui qui sera insurgé.
La querelle présente n’est pas à diviser autrement : autoritaires, libertaires ; ceux-là, épileptiquement, s’acharnant à museler ceux-ci.
Et Dreyfus n’est qu’un prétexte au grand combat des idées.
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Qui s’en occupait jadis ? Sa famille, bien entendu ; quelques compatriotes d’Alsace (on se rappelle, à ce propos, dans le Journal, en novembre dernier, la très curieuse enquête sur place de M. Ranson); quelques coreligionnaires — et, sur la foi de Me Demange et le récit de Bernard Lazare, quelques personnes préoccupées des irrégularités de procédure.
Plusieurs de celles-là ne concluaient aucunement de façon péremptoire à l’innocence ne disaient pas : « Il a été jugé injustement » ; disaient seulement : « Il a été mal jugé », au sens juridique du terme.
Ces excentriques, ces malintentionnés, pensaient que le fait, aux humains, de s’arroger la prérogative d’apprécier l’action et la mentalité d’un semblable ; de le faire comparaître devant leur faillibilité réunie ; de le frapper d’une quelconque peine, n’avait pour contre poids, pour excuse, pour garantie, que la stricte observance, le respect exagéré de la formule, du cérémonial.
Or, toutes les règles, en ce procès, avaient été transgressées : cela est indéniable. A ceux, fort rares, qui, sur le moment, en avaient fait l’inquiète remarque, on avait objecté le souci de la sécurité nationale, la peur de l’Allemagne, et la raison d’État.
C’étaient des arguments estimés sans réplique ; mais d’un emploi vraiment trop commode pour qu’il fût interdit de les raisonner.