Cependant que Labori rentre du Conseil de guerre, la nuque pliée, le souffle rauque, sans force et sans voix.
Il repose quelques heures, une sueur de faiblesse aux tempes, d’un sommeil coupé de sursauts.
Après, il travaille encore son dossier qu’il collige, complète, vérifie. Et tout son esprit est tendu à ménager ses efforts, à « s’économiser » pour pouvoir le lendemain matin, à son poste, porter beau, claironner, étendre sa large manche, d’un geste ample, comme une aile, sur le malheureux qu’il défend !
Chansonnez donc, ô preux, son rôle, sa souffrance et son courage !
LE « PÈRE JOSUÉ »
Rennes, 29 août 1899.
Vous souvient-il dans les Gaîtés de l’Escadron, de Courteline, d’un type admirable : Hurluret, le capitaine, ronchonnot, et paternel, qui se perd dans les subtilités nouveau-jeu, mais qui aime ses hommes, et en est chéri ?
Il procède du commandant Hulot de Balzac ; des « Africains » d’Horace Vernet — et un peu aussi de ce capitaine Coignet dont les Cahiers resteront légendaires.
Il a peut-être moins d’envergure que le premier, que le dernier ; n’ayant point participé aux luttes épiques de l’Indivisible ou de l’Empire ; il ne s’élève point jusqu’à l’esthétique de Raffet, n’est que le descendant des héroïques grognards dont Charlet nous a laissé la silhouette...