Qu’avons-nous fait pour cela ? Rien.
On a vu seulement que nous étions de braves gens ; que nous ne voulions de mal à personne ; que nous prêchions le calme ; que nous payions notre dû sans marchander. Les cochers, les commissionnaires, tout ce qui, déambulant, devient facteurs de nouvelles, ont pu voir, entendre, et redire que nous n’avions rien d’inhumain.
En ville, nous n’avons été ni arrogants, ni provocateurs.
Cela a surpris. Où donc étaient les « monstres » annoncés : les filous, les matamores, les escarpes du Syndicat ?
Une bonne femme, près de l’ancien domicile de Labori, une marchande ambulante, le troisième jour que j’étais ici, me contait ses peines et comment son établissement avait brûlé.
— Ça a été bien du malheur : la ruine, quoi ! Je ne crois pas qu’on ait mis le feu exprès. Il y avait bien un dreyfusard dans le pays... mais tout de même je ne crois pas.
Je lui dis :
— Je suis dreyfusarde.
Elle faillit en laisser choir son panier. — Vous, madame ? c’est pas possible. Avec un air doux comme ça.
Je restai encore cinq minutes, vulgarisant de mon mieux, pour lui être accessible, l’idéal supérieur que nous servons !